Annotation de journal de bord que je publie en critique du fait de la limitation de caractères


L’ancrage du film dans les années 70 pourrait être vu comme un simple fétichisme ou de la nostalgie. Seulement, ces considérations me semblent précisément être le sujet du film. C’est qu’il y a une dimension profondément ludique dans The Mastermind, les hommes du film et plus particulièrement son personnage principal jouent, comme un petit garçon joue à faire le braqueur. Josh O’Connor semble constamment être dans la lune, en dehors du monde, dans ses pensées, il s’imagine être un brillant voleur et va jouer à l’être. Dès le générique, peu de différence est faite entre James jouant au voleur, et le jeu au sens le plus commun du terme. Papa vole une figurine, ajoute des gestes inutiles pour l'amusement (la figurine glissé dans le sac de sa femme), fiston joue avec en avion en papier, un raccord nous ramène au foyer où James joue joue aux dames. Plus tard, alors qu’il explique son plan à ses deux comparses, la femme de James l’appelle comme elle appellerait son enfant à table alors qu’il joue avec ses copains dans sa chambre.


Tout est affaire de simulacres. Simulacre d’une époque, simulacre d’un brigand. De la même manière qu’un nostalgique rêve une époque dans une forme idéalisée et s’y projette en personnage principal en y gommant le réel. Mais Kelly Reichardt, bien qu’elle accompagne au départ gaiement les tribulations de son personnage (elle joue par exemple de nous en nous révélant à la fin de la première scène que la famille est celle du protagoniste) avec l’aide de son musicien qui semble improviser avec Josh O’Connor, se montre pour une première fois un peu plus retorse à l’égard de son personnage. Sans jugement, sans condamnation mais elle le pose violemment en face de son pathétisme et de son aveuglement politique, voire sa défiance envers elle. C’est que la politique vient briser le doux rêve nostalgique des 70’s.


C’est d’abord une histoire de masculinité, Josh O’Connor un peu pataud, rêveur veut jouer au grand garçon viril, car la masculinité est aussi une affaire de performativité, de jeu qu’on lui impose et qui se transmet. Alors il va jouer à l’anti-héros charismatique des années 70 mais sans comprendre que celle-ci a des conséquences. Toutes les femmes du film vont en payer les frais : la mère qui doit sans cesse subvenir a ses besoin, sa femme qu’il considère très peu, qui est une mère de substitution et qui finira par partir du foyer sans qu’il n’y comprenne quoi que ce soit et puis la femme de son ami qui verra d’un très mauvais œil le fait de potentiellement subir ses enfantillages.


Mais c’est aussi dans la rapport à la guerre du Vietnam et plus largement aux luttes politiques de l’époque qu’il se montrera aveugle. Aveugle et sourd pour garder le plus longtemps possible l’illusion d’une époque, à l’image de cette auto-stoppeuse qui change de fréquence de radio pour passer des actualités à une chanson de l’époque. Vers la fin du film, alors qu’il découpe une photo d’identité dans une chambre d’hôtel, un superbe panoramique va faire le tour de la chambre, il révélera alors que le son d’hélicoptère qu’on entendait, et qui pouvait s’apparenter à une recherche du fugitif James, n’était en fait qu’une image de son esprit et que ce son est issu d’images diffusés à la TV de l’intervention des USA au Vietman. Comme si James avait laissé la télé en fond sonore pour alimenter son fantasme. La vieille télévision cathodique apparaît souvent dans le décor, car on aimerait la voir comme objet-fétiche, mais celle-ci ne fait que diffuser des images et l’actualité de la guerre au Vietnam.


On échappe pas à la réalité, et la fin sublime condamnera définitivement James. Embarqué malgré lui dans une manifestation afin de se cacher d'un vol ridicule, il sera capturé par la police. Son visage sur-cadré à travers la fenêtre bombé et carré du camion de police, donne l’impression qu’on le voit à travers un écran cathodique ; son fétiche des années 70 sera également son tombeau. Un léger travelling révèle alors que la bande de flics qui eux, à leur tour, jouent au flic viril en faisant tournoyer leur matraque.

Molloy__
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le 6 févr. 2026

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