Un esthétique du quotidien
Les personnages des films de Reichardt ne sont pas des marginaux. Ils sont banalement pauvres, et ont des situations sociales très basiques. Cependant, ils sont toujours plus ou moins artistes dans leur esprit si ce n’est pas leur métier. Il y a donc un choc irrémédiable entre le désir de créer, de beauté, d’amour, et la traditionnelle quête de faire du fric. Kelly Reichardt reste accrochée aux personnages. Pendant des heures, nous allons suivre la quotidienneté de ce choc beau/fric. Son style est épuré, pas de caméra tremblante, peu de mouvement de caméra, et assez lent quand ils adviennent. Le principal n’est pas le formalisme du réalisateur, mais la captation de moments de vie, de questionnements, de bouleversements.
Débrouillardise du geste
L’action, c’est les gestes. Les gestes parlent pour les personnages. Quand un voleur braque une adolescente, on comprend qu’il est impulsif. C’est à travers les mains plus que les paroles (qui ne sont que des mots, sa femme n’est pas dupe) que la vérité se cache. Et les gestes du personnage de The Mastermind ce sont du débrouillard, du mec dans la merde qui n’a plus le temps nécessaire pour réfléchir ses actes avant d’agir. Parfois il s’en sort, mais souvent il se rate. C’est par ses gestes que l’émotion née. Quand le héros mange son seul sandwich de la journée, comment ne pas penser aux journées de jeûne qu’on a subi par précarité ? Quand il cache les tableaux dans la ferme la nuit et qu’il tente avec minutie de ne pas abîmer les œuvres, comment ne pas penser aux nuits qu’on a passé à cacher des objets volés espérant que personne ne les trouve. L’émotion d’une ressemblance prolétarienne du petit délit, de la débrouillardise du geste.
L’Art/isanat
L’art est de l’argent avant d’être du beau. Pour les pauvres, la question essentielle c’est faire du fric. Vendre de l’art est un moyen d’en faire, et peut être l’un des plus simple. La pauvre sculptrice de Showing Up y met tout son courage et son temps. La création d’art est laborieuse et avant tout un moyen de se faire du fric, quitter la pauvreté. Aujourd’hui beaucoup de gens font du rap, non pas pour le rap primordialement, mais parce qu’il engendre du fric et que c’est un travail plus agréable que d’aller à l’usine. L’art est un travail d’abord donc un artisanat. Dans The Mastermind, le personnage n’a pas le temps, l’envie, ou l’opportunité (malgré le mensonge qu’il fait à sa mère) de vendre son art/isanat). Il décide donc de voler 4 tableaux pour les revendre au marché noir. Simple sur le papier, la vie ne l’est jamais. Déjà compter sur soi pour ne pas faire de bêtise c’est difficile, mais quand tu augmentes le nombre de participants, la prison est assurée.