The Mastermind, assez radical dans sa forme, est un film d’une grande sobriété, simple mais surtout très bien exécuté. Ça fait du bien de voir des scènes longues avec une approche un peu naturaliste dans ce genre de récit.
L’histoire, c’est celle d’un père de famille James qui commence par voler quelques œuvres dans un musée avant d’organiser un braquage. Au départ, on s’attend à un film assez sérieux, un casse avec un peu d’humour. Mais très vite tout bascule dans l’absurdité. On passe du portrait du père de famille à celui d’un petit bourgeois looser en cavale. Par son plan bancal, monté avec une bande de pelo un peu random et mal préparés, ça devient une comédie dramatique.
Le contexte de la guerre du Viêt Nam est d’abord en arrière-plan, par des infos diffusées à la télé, avant de s’immiscer peu à peu dans le récit. Il devient concret dans la vie de James, à qui l’on proposera dans sa fuite, de rejoindre une communauté de hippies et de déserteurs, jusqu’à la fameuse manifestation dans la scène de fin.
Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est la manière dont Kelly Reichardt filme ce qu’on ne voit jamais dans les films de braquage : les temps morts, les attentes dans la voiture, les gestes bien long et chiant, comme trouver la planque, ranger chaque tableau, les silences qui s’étirent entre deux discussions. Ce qui démystifie bien les films du genre.
L’image aussi est magnifique, les couleurs, la lumière, les plans serrés sur les gestes très bressoniens. On sent l’inspiration de Bresson, autant dans la mise en scène que dans l’écriture de James, ce type condamné à se foutre dans des bourbiers jusqu’à s’y perdre. Sauf qu’ici, contrairement à un film de Bresson, la chute prend une tournure inattendue, ironique comme le titre du film finalement.
Bref, j’aurais encore plein de choses à dire, parce que ce film a beaucoup à montrer, notamment dans sa manière de dépasser les codes du film ricain.