Pauvre Oren Moverman. Le réalisateur a signé deux films, The messenger étant son premier, et aucun d'entre eux n'est sorti au cinéma en France. Ce ne seront pas à cause des critiques, souvent très bonnes, mais de bizarreries de la distribution. Enfin...
Le label DTV ne doit pas être péjoratif, comme en témoigne ce très beau film, qui a pour thème un sujet très rarement traité au cinéma ; l'annonce de la mort d'un soldat à sa famille.
De mémoire, je n'ai vu ce genre de scènes que dans Il faut sauver le soldat Ryan, mais jamais sur un film entier.
C'est l'histoire de deux soldats qui sont chargés par l'armée américaine de faire le tour des familles pour faire une chose sacrée, mais ô combien déchirante ; annoncer la perte de leur enfant (ou leur mari), tombé au combat.
J'avais bêtement l'image que ce genre d'annonces se faisait par courrier, mais non, ce sont deux hommes qui font le terrible travail, auquel la mise en scène rend hommage avec des plans longs, montrant autant la peine des familles que ceux qui annoncent, dont on découvre que le plus âgé des deux (magnifique Wood Harrelson) est ravagé de l'intérieur, s'étant malheureusement fait une spécialité de la chose.
Au lieu d'enchainer les scènes d'annonces larmoyantes, le film a la bonne idée de n'en montrer que quatre, mais qui sont vraiment dures par moments ; une jeune femme enceinte qui chasse les soldats à l'annonce de la nouvelle, un père de famille (Steve Buscemi, magnifique d'intensité) qui admoneste ces hommes de ne pas s'être battus à la place de son fils, un mexicain, et une jeune femme qui prendra les hommes à contre-pied dès leur arrivée, en se doutant très bien que son mari est mort avant qu'ils ne lui annoncent.
Dès l'apparition de cette dernière, très bien jouée par Samantha Mortan, le film prend un virage un peu plus sentimental, et c'est là qu'on va découvrir le pysché des personnages de Ben Foster et Woody Harrelson, surtout ce dernier qui garde une figure stoïque, mais dont on peut percevoir son masque se craqueler. Comme le montrera une scène bouleversante, sans doute la plus belle, où, son compère s'étant absenté après une soirée beuverie, il fondra en larmes à l'évocation de ces morts pour la patrie.
C'est dommage que l'histoire d'amour prenne autant le pas sur la mission des deux soldats, mais il en résulte que c'est une très belle réussite, avec de fortes interprétations (plus ça va, plus le manque de reconnaissance du métier envers Woody Harrelson est criant), et avec un sujet ô combien casse-gueule.