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le 12 mai 2022
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On a eu le droit ces dernières années à quelques films de ce genre, des réalisateurs souvent jeunes, au style très léché s'attaquant à des histoires folkloriques/médiévales à tendance fantastique; je pense à The Green Knight, et dans une certaine mesure Macbeth (oui c'est pas pareil mais un peu quand même) ou The King. C'est un peu la nouvelle forme des films "d'auteur" à gros budget.
Ce n'est pas la seule chose que The Northman partage avec nombre de contemporains (les films ci-dessus y compris). C'est une oeuvre plastiquement virtuose: les compositions sont parfaites, les mouvements de caméra impossibles, et le rhytme imposé par la musique et le sound design accentue l'irréprochabilité du montage. Et c'est bien là le syndrome ou la tendance qui est aujourd'hui, avec plus ou moins de mesure, le principal défaut de beaucoup de réalisateurs talentueux, de Denis Villeneuve à Sam Mendes en passant par James Gray.
Car ce perfectionnisme se fait souvent, dans The Northman comme chez ses contemporains, au détriment surtout de la rigueur d'écriture et de la qualité du scénario. Car il semble que ces oeuvres sont écrites pour servir leurs ambitions visuelles, et non pas l'opposé; ainsi l'histoire peut paraitre cousue de fil blanc, ou simplement dénuée d'intérêt et de profondeur.
J'illustre: un peu avant la moité du film, Amleth a l'opportunité d'assouvir sa vengeance. Il ne la prend pas afin que sa vengeance se déroule conformément aux prophécies. Certes cela permet d'illustrer une culture, et l'importance de cette culture dans la prise de décision du personnage. Mais cela plie le film au bout d'une heure; on sait le héros capable d'assouvir sa vengeance, et ainsi tout suspens est perdu. On tentera plus tard d'en remmetre dans l'histoire (en démultipliant les blessures infligées au personnage) qui parait donc cousue de fil blanc.
Pour continuer dans le syndrôme de mauvaise écriture, on a le droit à de longues scènes qui ne servent pas l'histoire: une panoplie qu'à présent on connait bien de danses, de rituels, de visions, etc. On pourrait les justifier par l'ambition de transmettre la culture viking, mais le simple fait que le spectateur cherche spontanément à les justifier montre que cela ne marche pas. La raison est simple: le film alterne entre de telles scènes (hors de l'histoire) et des séquences où cet aspect culturel disparait afin de faire avancer l'histoire (ou bien de faire des scènes visuellement stylées). Ce qui fait que le résultat est batârd et le spectateur, le cul entre deux chaises, ne peut entièrement rentrer dans aucun de ces aspects. Les films qui marchent bien sont ceux qui prennent entièrement partie: soit la culture est au premier plan (par exemple The New World), soit on transmet les cultures à travers l'histoire (par exemple le Seigneur des Anneaux). Je ne dis pas que le film batard est forcément mauvais; je dis qu'il est moins bon car sans parti pris.
Donc certes tout cela permet de dérouler une beauté plastique difficillement égalable, mais on aurait voulu que ça n'éclipse pas d'autres aspects importants. De plus, bien que léché, le mauvais goût de ce film est parfois criard. Je pense aux scènes de visions valhallesques, aux gros abdos supercontractés, et à un duel final dans la bouillie numérique.
En conclusion, ce film est exactement celui qu'on s'imagine venant d'un réalisateur perfectionniste disposant d'un gros budget pour mettre en scène du folklore ultra violent. Même si l'on n'est pas transcendés, le plaisir dans la salle de cinéma reste extrême grâce à ce savoir faire artistique.
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Créée
le 4 mai 2022
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le 12 mai 2022
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