J’ai passé quarante-cinq minutes franchement passionnantes devant The Outwaters, et c’est sans doute ce qui rend la suite aussi frustrante. Le film démarre comme un faux documentaire arty extrêmement crédible : quatre amis (dont deux frères) partent dans le désert pour enregistrer du son et tourner des images, avec l’idée très claire de fabriquer une petite œuvre audio-visuelle expérimentale, et tout fonctionne à merveille. La caméra est justifiée, les images ont du sens, les acteurs jouent juste, et le film adopte une dimension presque méta dans la mesure où le réalisateur incarne lui-même le personnage qui tient la caméra, faisant de la création artistique le véritable moteur du récit. Cette première partie est immersive, naturelle, presque apaisante, et j’aimais beaucoup cette idée que la captation du réel soit guidée par la curiosité et l’expérimentation plutôt que par la peur. Le problème, c’est que lorsque le film bascule dans le fantastique, il ne parvient jamais à négocier correctement cette transition. J’ai l’impression que l’idée était de montrer une folie progressive, un artiste qui continuerait à filmer parce que son projet serait plus fort que tout, même face à l’horreur, mais cette folie n’est jamais suffisamment lisible ni assumée. On entre alors dans un délire de visions nocturnes, de cris, de lumières tremblantes, d’images fragmentaires qui donnent parfois l’impression d’un cauchemar abstrait, mêlant boucle temporelle supposée, crash d’avion fantasmé, entités vaguement lovecraftiennes aux allures de tentacules ou de serpents, sans que rien ne soit jamais vraiment confirmé ni infirmé. Pourquoi pas, sur le principe, mais le film continue à se présenter comme un found footage alors qu’il montre des images qui semblent tout simplement impossibles à filmer, ce qui casse complètement le contrat initial. Je trouve aussi dommage que le désert soit finalement si peu exploité dans sa dimension physique et sensorielle : j’aurais aimé ressentir davantage la chaleur, la sécheresse, l’épuisement, la transpiration, autant d’éléments qui auraient pu nourrir la perte de repères et renforcer la dimension psychologique. À force de vouloir rester opaque, The Outwaters finit par perdre ce qui faisait sa force : une mise en scène crédible, une démarche artistique cohérente, et un point de vue clair sur ce qu’il raconte vraiment.
Conclusion : The Outwaters reste pour moi un film profondément bancal, presque raté au final, non pas par manque d’idées, mais parce qu’il n’assume jamais complètement son basculement, gâchant une première partie pourtant très prometteuse et laissant le spectateur avec l’impression frustrante d’une expérience inaboutie.