Suis-je la seule à trouver le symbole de la peste lourd et inutile ? Franchement, était-il nécessaire d'ajouter ça à une histoire de harcèlement ? Le pauvre Eli est suffisamment particulier sans l'affubler d'une maladie de peau. On a compris que le groupe d'ados a besoin d'un souffre-douleur pour se défouler. Si ce n'est pas Eli, ce sera un autre. Avait-on besoin de cette image d'une contamination par une maladie de peau pour le comprendre ? Je ne pense pas. Le film décortique bien le mécanisme du harcèlement, de manière assez réaliste, d'autant plus que les jeunes acteurs sont excellents. Pourquoi y ajouter cette peste ambiguë ? Je trouve que ça n'apporte rien. Je suis persuadée que le film resterait bon et efficace sans ça.
Le réalisateur utilise efficacement les codes du film d'horreur pour raconter son histoire. Les décors immenses, froids et géométriques, sont génialement filmés, comme une gigantesque prison. Il y a aussi ceux plus resserrés, claustrophobiques et dangereux des vestiaires, des douches, des dortoirs à l'abri des regards des adultes. Et il y a les plans inquiétants et fantastiques des corps sans tête filmés sous l'eau dans la piscine, lieu de violence muette et en apesanteur, étrangement grâcieuse, à comparer avec le ballet de natation synchronisée des filles.
La musique est étonnante, brutale, organique comme directement tirée d'un film d'horreur.
Les éclairages sont inquiétants, presque toujours artificiels ou nocturnes. On ne voit jamais la lumière du jour.
Les jeunes acteurs sont étonnants de justesse, en partie grâce à des dialogues plutôt crédibles. L'ado qui joue le chef des harceleurs a été particulièrement bien choisi. Il est remarquablement subtil, charismatique et solaire, comme doit l'être un leader naturel.
Le seul adulte du film - on ne voit pas les parents - est le coach de l'équipe de water-polo. Il a lui-même souffert de harcèlement à l'adolescence. Il est plein de bonne volonté et de compréhension, mais ses interventions, aussi justes soient-elles, n'ont que peu d'effet. Il tente d'aider le héros mais ne semble pas mesurer vraiment la gravité de la situation. Les ados paraissent bien vulnérables et livrés à eux-mêmes.
Si le réalisateur n'avait pas appuyé son propos avec cette peste, j'aurais pu monter jusqu'à 8. Le style, le traitement juste de la mécanique du harcèlement et la qualité de l'interprétation suffisaient amplement pour en faire un film remarquable. Mais je n'irais pas au-delà, parce c'est un cinéma esthétique et froid qui laisse peu de place à l'émotion.