Une nature belle mais terriblement superficielle

Je faisais parti des gens qui avaient beaucoup apprécié Birdman pour son esthétique, son propos et ses magnifiques plans séquence. J'avais aimé tout le coté théâtral de la chose et le fait que la scène et la réalité ne fassent plus qu'un.
Ce virage à 180 degrés d'Inarittu est intéressant, on se retrouve face à la nature seule et à la bestialité de l'homme.


Disons le tout de suite, le film est techniquement impeccable, tout est bien filmé et c'est cela sa grande force. Les images de la nature sont assez magnifiques et il y a un véritable coté brut de décoffrage qui rend le film très interactif. Les conditions naturelles du tournage offrent une véritable ambiance de ce point de vue là et le film est assez impeccable.


Inarittu puise dans les références ( et dans les hommages par moment ) : il reprend la façon de filmer la nature selon Terrence Malick dans Tree of Life , la façon brute de filmer la violence de Nicolas Wending Refn mais surtout beaucoup de plans sont calqués sur Tarkovski avec un gros hommage au film Le miroir.
Personnellement, cela ne me gène pas beaucoup que le film s'imprègne de références tant qu'il garde une véritable identité.
Et c'est tout le problème du film, au delà des références le film peine à exister.
En voulant faire beaucoup, le film est un mélange de bonnes choses vues dans d'autres films mais pas un film à part entière.


Le film est constamment le cul entre deux chaises entre raconter une histoire et montrer le coté contemplatif, bestial et naturel de l'homme.
L'histoire est assez mal écrite, on ne sait pas d'où vient le fils de DiCaprio dans le film, c'est très mal expliqué en tout cas, les personnages sont caricaturaux à souhaits et assez peu intéressant ( hormis un : ). Le film rajoute du patos à des moments inopportuns du coup on n'y croit jamais totalement et je suis resté un peu hermétique à cette histoire.
Le film est trop long pour ce qu'il a à raconter, on sent qu'il y a au moins 45 minutes de trop dans le film. Toute l'histoire de vengeance est assez ridicule.


Mais malgré toutes ses faiblesses, il y a des fulgurances dans le film à noter.


Une intro superbe avec un véritable combat interactif, un combat avec un ours qui montre qu'en terme de survie nous sommes tous des animaux, une scène de partage avec l'Indien et une autre avec les 2 qui tendent la langue vers le ciel et la neige qui tombe ( vers la nature ou vers Dieu, la grande thémathique du film) ou encore une scène où DiCaprio découpe un cheval pour se réfugier dans sa chair.


Les thématiques spirituelles sont intéressantes, entre l'homme et la bête il n'y a que la foi qui les séparent. Et certaines séquences oniriques très belles avaient un véritable potentiel, je pense qu'un réalisateur comme David Lynch en aurait fait de l'or, entre rêve et réalité on aurait pu se perdre dans la complexité psychologique du personnage de DiCaprio.
Le traitement de l'ensemble est trop superficiel, on retiendra de ses films quelques séquences superbes mais qui ne rendent pas un ensemble cohérent.


The Revenant est donc un film superbement filmé, croulant de références, un film brut avec de belles séquences mais qui n'arrive pas à dépasser le tout pour faire autre chose qu'un film à oscars spectaculaire mais qui manque cruellement d'identité. Le traitement de l'œuvre est trop superficiel pour en faire autre chose qu'un bon film agréable à regarder bien qu'un peu long et qui ne traversera pas les époques.

PierreDescamps
6
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Créée

le 2 mars 2016

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