Le destin des étoiles, normalement, est de pâlir lentement avant de s'éteindre. Celle de Jackie Chan l'avait fait depuis longtemps, ses derniers exploits notables sur grand écran remontant à loin, soit 2017, avec The Foreigner, ou même Shinjuku Incident, en 2009, histoire de bien se faire mal.
Pas facile de revenir sur le devant de la scène en 2025 à soixante-dix ans passés et après quelques prises de position complaisantes avec le régime chinois. Sauf que dans The Shadow's Edge, l'étoile de Jackie réussit à briller de nouveau.
De mille feux.
Et surtout dans une oeuvre excitante qui commence comme un incroyable film de casse virevoltant, qui met à l'amende le temps d'une seule scène l'intégralité de la franchise Ocean's. Une énergie des plus folles s'empare de l'écran, entre bastons, traque qui voisine avec un suspens toujours haletant et un ludisme de chaque instant jouant à fond la carte de la dissimulation et du travestissement.
Rien que pour cette entame, le masqué ne regrettait pas l'achat de sa place de cinéma. Mais c'était sans compter sans l'apparition, enfin, de Jackie. Qui peut faire peur dans un premier temps, en mode Baby Sittor canin, tentative d'humour assez maladroite.
Mais ouf : Jackie sort de sa retraite pour incarner un personnage à la mesure de son talent, expert revenu de tout et au passé chargé. Flic d'un temps passé, en total décalage avec les excès de surveillance de la société chinoise décrite et les I.A. surpuissantes supplantant l'enquête pure et le travail de terrain.
Jackie, c'est donc toute l'incarnation de l'ancienne méthode au service d'une nouvelle force de frappe du cinéma chinois, de son efficacité foudroyante et de son émulation de l'action HK d'hier depuis longtemps digérée et phagocytée, rappelant par instant le récent City of Darkness de Soi Cheang.
Mais même si cela apparaîtra sans doute très calibré aux yeux de certains, bon Dieu, qu'est ce que c'est puissant et efficace dans le genre du thriller policier ! Que ce soit dans les combats, les assauts furieux et les parallèles liés à l'héritage dans chacun des deux camps qui se font face.
Cependant, réduire The Shadow's Edge au seul rayon action serait très malheureux. Car le film s'impose aussi comme l'écrin de méthodes de travail révolues ; celles relatives à l'art de la filature et de la traque, domaines dans lesquels Jackie excelle, comme son antagoniste, l'incroyable Tony Leung Ka Fai. Occasion pour les deux acteurs de se livrer à une étrange et fascinante valse dans le jeu de rôle qui s'installe, de se jauger à fleuret moucheté et de se tourner autour dans une tension tenue de main de maître par Larry Yang. Qui transforme le film, par instants, en véritable partie d'échecs passionnante, inscrite dans l'ascension d'une jeune génération enthousiaste et retorse, laissant la part belle à quelques brillants seconds rôles comme Zhang Zifen.
The Shadow's Edge, c'est aussi l'occasion de renouer à l'écran avec une grande générosité dans le spectacle proposé et un rythme implacable dont la réussite est soulignée par la musique de Nicolas Errèra, qui adopte parfois dans son beat de furieux accents très John Wick.
Jackie, lui, rayonne, tout simplement. Dans des chorégraphies de violence sèche tirant pleinement partie des différents espaces investis. Il s'éclate et se donne, comme si le temps n'avait pas de prise sur lui. Son aura, et son étoile, brillent de nouveau, et l'idée de le retrouver dans une suite de ces nouvelles aventures a de quoi illuminer les dernières secondes de la projection.
Behind_the_Mask, ♪ Une filature, jamais ne dure, pour qui veut coincer ♫