Joli. Franchement, c'est fort de la part de David Fincher d'avoir réussi a aussi bien retranscrire l'histoire d'un site internet. On ne parle pas forcément là de Facebook, mais bien de l'idée en elle-même. Parce qu'en soit, la création d'un site, c'est quoi ? Des codes, des centaines de codes même, des discussions techniques, des idées, des améliorations... Mais dans l'ensemble rien de palpitant. Alors, que la création de Facebook soit plus passionnante qu'une autre parce qu'il y a tout cet argent autour, les procès, etc... Ok. Mais franchement, il n'empêche que réussir ce qu'a fait Fincher, c'est fort.

Mais bref, revenons-en aux faits. Le scénario de The Social Network repose donc sur une double narration. Celle de la création du site et celle, plus récente dans l'histoire, des procès qu'a encouru Mark Zuckerberg. Sans être une idée folle, la double narration traversant le temps reste un très bon point du film. Fincher souhaitant mettre en avant les différents problèmes judiciaires de cette histoire, le fait de mêler procès et genèse du site est vraiment judicieux, car finir le film sur un double procès aurait complètement alourdi le scénario sur la fin.
Ainsi, Fincher s'amuse à passer d'une narration à l'autre avec beaucoup d'aisance. Il mêle les enjeux et réussi à garder une limpidité exemplaire dans ce sujet complexe. D'ailleurs, cette limpidité peut s'appliquer à l'ensemble du film. Car là où beaucoup auraient rendu les choses difficiles à comprendre, le réalisateur s'est bien imaginé à quel point il pourrait être ennuyeux pour n'importe quel spectateur de devoir se taper des tonnes de discussions techniques et autres débats pécuniaires... Il a donc adapté sa mise en scène pour que celle-ci adopte un rythme fluide et limpide, a accompagné le récit d'une musique accrocheuse, dynamique, et a donc au final donné un rythme endiablé à une histoire longue dans le temps...
Ce rythme apporte au récit beaucoup. Il densifie les informations, donne de l'impact aux retournements de situation, apporte du suspense. C'est grâce à ça que l'on reste scotché à notre siège...
Enfin, pas seulement.

Car si il y a bien un point fort dans ce film, ce sont les dialogues. Fins, rythmés, bien construits et parfois drôles, ils sont réellement passionnants. Le personnage de Mark Zuckerberg a une répartie à toute épreuve (la scène face à l'avocat et au fait qu'il n'accorde qu'une infime partie de son attention est juste sublime à ce niveau là), il impose dès ses premiers mots toute l'ambivalence du personnage. Une ultra-intelligence au service d'un être finalement assez calculateur. Je ne vois pas ici ce que certains ont cru voir sur la fin, le fait qu'il ne soit pas "si mauvais que ça", comme le lui dit la stagiaire... Au contraire, le personnage de Mark est pour moi tourné de façon à être réellement détestable. Oui bien sûr on est tous admiratif de la façon dont il développe les choses, dont il construit son site, dont il répond aux attaques. Mais le fond du personnage est creux, comme l'indique la scène d'introduction du film.

Les acteurs d'ailleurs rendent à merveille ce travail important de Fincher quant aux dialogues et aux (très nombreuses) scènes fournies de textes longs. Eisenberg (marrant son nom finit comme Zuckerberg... Bref) est parfait dans son rôle, Garfield amène énormément d'humanité et réussi parfaitement sa partition, même Justin Timberlake joue bien son rôle de paranoïaque. Pari réussi de la part de Fincher !

Le film nous impose donc une réelle lutte de pouvoirs. Plus qu'une simple histoire d'un site web à la grandiloquence étonnante, il aborde de nombreux thèmes intéressants. Le contrepoids entre Mark et Eduardo nous amène à nous situer dans le récit. Et l'arrivée du personnage de Justin Timberlake enfonce le clou. Mark n'est vraiment pas un exemple à suivre, et pourtant il est le symbole de la réussite. Comment l'interpréter ? Le film ne nous amène pas juste une biographie d'un site ultra-populaire, mais transpose à son échelle (déjà imposante) tout le système de notre société actuelle... C'est très intéressant.

Malheureusement, il manque à mon goût à la mise en scène un certain panache. La majorité des plans sont très simples. On observe le plus souvent des plans américains, voir des gros plans, en fonction des enjeux des différentes discussions du film. La mise en scène est d'un conformisme assez troublante, et c'est très frustrant, car l'apport "artistique" de ce film s'y trouve réduite au point qu'on ne peut réellement souligner aucun plan marquant, ou scène à la beauté marquante. Enfin, si, il y en a une, mais j'y reviendrais à la fin.
Car ma réflexion sur la mise en scène a été largement étoffé et bouleversé par l'intervention d'un ami (Endless_ , il est sur senscritique, vous pouvez visiter son profil il est très intéressant) qui m'a souligné à quel point la mise en scène peut être mise en parallèle avec le sujet du film. Et en effet, comme Mark Zuckerberg, rigide, orienté exclusivement vers ses fins, au travail minutieux et sans vagues, comme Harvard, restant ancrée dans ses conventions, qui ne tolère aucun dépassement de la ligne de conduite supposée "bonne" (les frères créateurs de leur propre site le voient bien lorsqu'ils rendent visite au président d'Harvard), la mise en scène reste totalement conventionnelle. Elle ne dépasse aucune limite autre que les codes basiques du cinéma. Elle ne prend aucune liberté, comme pour mimer l'exigence et la rigidité qui font le sujet de tout le film...

Sauf... Lors d'une scène. Véritable ovni jouissif dont Fincher peut être fier : La course d'aviron. Car cette scène, située pratiquement au milieu du film (et ce n'est sûrement pas un hasard), enfin, au milieu du récit temporel devrait-on plutôt dire, est d'une excentricité quasiment choquante en comparaison du reste de l'œuvre de Fincher. Les plans rythmés, presque publicitaires, la photographie changeante, la musique d'un genre totalement différent du reste du film... Tout est là pour marquer. On a presque l'impression que Fincher a voulu dire : "Hey regardez, je peux aussi faire dans l'excentricité, dans quelque chose de plus esthétique, mais à quoi bon ? Rien dans ce film ne peut être filmé comme cette course d'aviron...". Et il a sûrement raison.

Bref, un film d'autant plus réussi que le sujet était extrêmement délicat à mettre en scène. Je n'ai vraiment pas regretté d'aller le voir, et j'en redemande. Parce que c'est quand même balèse !
Ripailloux
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le 8 nov. 2010

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Ripailloux

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