Il serait facile de qualifier « The Square » comme étant un film verbeux et totalement misanthrope. Néanmoins, cela serait oublier que le nouveau film de Ruben Östlund s’accapare d’une ironie joviale et cinglante, le transformant rapidement en une forme de comédie dramatique cartographiant le monde de l’art contemporain. Palme d’Or au 70ème Festival de Cannes, « The Square » illustre le malaise scandinave dans toute sa puissance, mais fait aussi usage de l’art abstrait pour mieux donner corps au cinéma. Qu’est-ce que ce carré qui donne corps récit ? C’est tout simplement un écran de cinéma. L’absurdité arbitraire du film revoie donc à l’improvisation, et à travers le prisme de l’étrangeté et des situations déshumanisantes, Östlund parvient à sortir de ce cadre avec une fibre ludique exploitant le potentiel de la moindre séquence. Mais la richesse de « The Square » n’apparaît que lors de quelques scènes. On se rappellera longtemps du numéro de l’homme singe, de l’interview de Dominic West, ou de ce héros froid. Cependant, le film dégage l’impression bizarre de tourner en rond. Très ironique quand on sait que le point central de son intrigue est un carré. Mais le spectre de la longueur vient vite hanter cette Palme d’Or. En effet, si « The Square » dure deux heures et demi, cela ne l’empêche pas de nous servir un scénario de court-métrage étiré à l’extrême, parfois jusqu’à une incompréhensible absurdité. Oui, cela peut rendre le film burlesque à certains moments, mais on ne résiste pas à l’idée qu’Östlund ai sombré dans un film d’auteur penchant dangereusement vers une forme caricaturale, sans doute volontairement.
Il est en tout cas, dommage qu’Östlund ne creuse pas au sein de cette abstraction ludique. Il préfère critiquer les dérives de la société contemporaine en recyclant de vieux codes : les smartphones dévorant nos vies, le snobisme des mondains… Ce que l’on voit à l’écran n’est en rien inintéressant, mais demeure relativement décevant pour une Palme d’Or. Toutefois, il serait de mauvaise foi de balayer vulgairement cette proposition du réalisateur de « Snow Therapy », qui malgré le fait qu’il n’arrive pas au bout de ses ambitions, reste un visage important pour les années avenirs. « The Square » est un film d’une telle pureté qu’il devient rapidement perturbant. Jubilatoire, mais indigente, cette comédie faisant office d’étude sociologique épate autant qu’elle effraye. Bref, un film très… █ Mais inutile de vous faire un dessin.
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