Au spectateur en quête de vérité, The Strangers promet les affres de la confusion. Enchevêtrées au cœur d’un même film, des dizaines d’interprétations convergent, dialoguent et se confrontent, sans jamais qu’un sens absolu ne soit établi. Na Hong-jin ne construit pas une réalité concrète. Bien au contraire, il s’amuse à la déliter et laisse le public recomposer son propre puzzle. Il ne conçoit pas un récit destiné à être résolu, il réunit plutôt les conditions nécessaires à l’émergence d’un chaos narratif. Privés du confort de la linéarité, l’audience est malmenée et dirigée vers l’impasse, jusqu’à donner au film une stature de véritable objet de fascination. Pour son troisième long métrage, le réalisateur démultiplie ses ambitions et délaisse la pénombre de la criminalité pour investir les mysticismes contraires qui s’affrontent dans le village de Gokseong. Dans cette parenthèse rurale que la modernité n’a pas encore dévorée, la communauté locale souffre d’une crise d’hystérie meurtrière qui s’abat sur les frêles maisons une à une. Dans chaque foyer peut émerger un tueur potentiel, rendu fou pour des raisons inexplicables. Le policier Jong-goo éprouve un scepticisme affirmé face aux potentielles raisons scientifiques provoquant le lent massacre. L’hypothèse de l’intoxication généralisée ne rassure pas son anxiété et ne comble pas son impuissance. Démuni, il regarde sa fille, Hyo-jin, se consumer dans la fièvre démente. Sur place, les habitants cherchent des réponses ésotériques à leur malheur. Un mystérieux japonais vivant reclus est progressivement considéré comme un démon qui maudit lentement le village. La réponse religieuse semble être seule à même de calmer la malédiction, tandis que Jong-goo fait appel à un chaman d’apparence roublarde pour exorciser son enfant. Dans la fureur des flammes, des cris, et du sang, les forces occultes s’affrontent et s’entremêlent.
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