The Ugly
5.9
The Ugly

Film de Yeon Sang-Ho (2025)

« Ce qui est beau est respecté. Ce qui est laid est méprisé. » Cette phrase, prononcée par un personnage à la fin de The Ugly, résume le propos du dernier film de Yeon Sang-Ho, adapté de son propre manhwa (roman graphique), qui se révèle être – loin des histoires de zombies hargneux de Last Train to Busan ou Peninsula – un drame psychologique très fin. Mais surtout un portrait à charge d’une société coréenne obsédée par l’adhésion aux normes et, en particulier, par la « beauté » féminine. Un film extrêmement personnel, puisque réalisé en dehors des circuits de production standards, avec un budget très limité, les acteurs ayant accepté d’être rétribués au pourcentage des recettes du film.

De quoi attiser notre curiosité, une curiosité rapidement récompensée par l’intérêt de la narration, adoptant la forme d’une enquête menée par une journaliste ambitieuse, avide d’un scoop, qui se trouve par hasard être témoin d’un fait divers alors qu’elle interviewe un artisan aveugle dont le talent défie la compréhension : les ossements de l’épouse de ce dernier, disparue quarante ans plus tôt, viennent d’être retrouvés, alors qu’il avait toujours cru qu’elle l’avait quitté, abandonnant en même temps son fils nourrisson. Très rapidement (pas de spoiler, puisque c’est le titre du film), on apprend que la jeune femme était moquée de tous pour sa « laideur insoutenable ».

Au fil des interviews menés par la journaliste et le fils de la disparue, on va découvrir ce qu’il s’est passé : les flashbacks retraçant les faits – parfois redondants par rapport aux paroles des interviewés – vont nous révéler, surtout, au-delà de « l’enquête » presque policière menée, la violence de l’ostracisme dont ont été victimes « Face-de-cul » et son mari aveugle, chacun de leur côté, pour leur non-conformité aux attentes sociétales. Sans même parler, évidemment, des violences sexuelles contre les femmes dans un milieu professionnel obsédé par l’efficacité de la production et par le profit.

Avec une réalisation précise et une interprétation de qualité, même si la tension peut parfois baisser (le film nécessite une attention constante de la part du spectateur), mais évitant surtout tout manichéisme et toute « bien-pensance, The Ugly surprend par son ambition, et confirme l’importance que son auteur / réalisateur lui accorde. Et bénéficie d’une très belle idée de mise en scène, consistant en ne jamais montrer le visage honni, attisant ainsi notre curiosité malsaine – sommes-nous si différents, en fait, des personnages du film ? Et ce jusqu’au dernier plan, que l’on peut considérer comme une sorte de twist, d’une manière positive puisqu’il illustre le propos profond du film, mais également comme une maladresse inutile.

Dans tous les cas, même si The Ugly divisera, il s’agit là d’un film aussi original que courageux dans le contexte de la société coréenne, qui confirme que Yeon Sang-Ho n’est pas simplement l’auteur d’un unique blockbuster, mais reste un réalisateur digne d’intérêt.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/07/30/the-ugly/

Eric-Jubilado
7
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le 30 juil. 2026

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3

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