Le plus chiant, avec les vilains secrets, c'est que quoi qu'on fasse, ils remonteront toujours à la surface.
Dans The Ugly, c'est par des ossements retrouvés et un coup de téléphone de la police que tout commence. Comme dans un thriller classique. Fragments de vie de la victime à la clé, chacun porté par un témoin ou un suspect potentiel. Il sera ainsi beaucoup moins question d'un dispositif à la Rashomon que du mécanisme d'une série comme Cold Case : Affaires Classées dans son enquête qui dévoile peu à peu les ressorts du drame, l'environnement de la victime, ainsi que le portrait, en creux, de celui ou celle qui portera la parole.
Sauf qu'à l'interrogatoire des suspects outre Atlantique, on y substitue des interviews qui chapitreront bientôt le film, l'intrigue étant d'abord initiée par un tournage, un reportage sur un miracle : celui d'un aveugle qui touche pourtant du doigt l'absolu de la beauté des sceaux qu'il sculpte. Prodige qui lui a permis de dépasser sa condition.
Soit ouvrir les yeux sans pouvoir discerner la laideur du monde qui l'entoure. Soit une parabole glaçante comme point de bascule du film. Qui évolue à cet instant du thriller et du drame familial vers une sorte de fable du pathétique de toute la noirceur dont chacun d'entre nous peut être capable.
Car nous en portons tous une part, de ces ténèbres. Elles sont ici enracinées dans le relèvement d'une Corée de bidonville, d'ostracisme et d'exploitation par le travail. Soit le climat propice à toutes les bassesses et les mesquineries. Celles dont on pense tout d'abord qu'elles ne prêtent pas à conséquence. Mais qui, par accumulation, deviennent violences de moins en moins invisibles, mais tolérées, voire normalisées.
Tous ces signaux mènent au drame. Ce drame, c'est que The Ugly décrit une Corée de cauchemar. Mais pas que. C'est aussi le dessin d'une époque universelle où le système de violence de l'homme, à plusieurs niveaux, n'est pas remis en question, où la parole est muselée et où la honte est encore loin d'avoir changé de camp.
La violence que convoque le récit est d'une noirceur presque funèbre, comme sa photographie qui anime la part sombre de chaque protagoniste, comme les prémisses du film mettent en scène une absence totale d'éducation et de tact de la famille de la disparue qui meurt une seconde fois. Comme si le mal de l'ancien monde n'avait pas disparu avec lui. La violence que convoque le récit est d'une noirceur presque funèbre, comme cette vérité que Yeon Sang-ho dévoile peu à peu dans le portrait de son personnage principal.
Loin de l'horreur zombifiée des travaux les plus reconnaissables de son réalisateur, The Ugly, ce n'est donc pas seulement un moyen de décrire sans complaisance le fantôme de cette absente qui plane tout au long du récit, faisant que l'imagination du spectateur marche à plein pour se fixer sur sa propre image de la laideur. The Ugly, c'est bien plus la description d'un monde et d'une société par laquelle Yeon Sang-ho renoue avec le fatalisme de son Seoul Station.
The Ugly, après ses toutes dernières images, c'est ce que nous sommes tous, au fond de nous, un peu. Et ce contre quoi il semble impossible de lutter.
Behind_the_Mask, garde des sceaux un peu miro.