Petit avertissement pas inutile pour commencer : ne mangez surtout pas devant ce film. Si vous vous payez un pot de pop-corn en allant le voir au cinéma, croyez-moi, ce contenant risque d’avoir une utilité bien peu reluisante. Sur ce…
The Ugly Stepsister adapte à sa manière le conte de Cendrillon, sauf que l’on est beaucoup plus proche de The Substance de Coralie Fargeat que du gentil classique Disney. Vous kiffez le body horror qui n'a pas peur d'être extrême ? Celui qui vous fait regarder ailleurs pendant plusieurs secondes tant certains moments sont horriblement réalistes, avec des trucs bien dégueus (restez bien jusqu’à la fin du générique pour faire durer le plaisir jusqu’au bout !) et une multitude de détails bien triviaux ? Alors, je vous recommande cette adaptation norvégienne, qui porte en toile de fond une dénonciation de la pression sociétale imposant d’écrasants – et bien patriarcaux – diktats de beauté aux femmes.
Ne croyez pas qu’à partir de ce postulat, seuls les hommes en prennent plein la gueule. D’accord, excepté peut-être le palefrenier, tous les personnages masculins sont aussi pervers qu’abrutis. Mais les personnages féminins, eux non plus – si l’on met de côté la sœur cadette – ne sont pas les dernières à profiter et à abuser maladivement de ce système, étant autant des bourreaux que des victimes dans cette histoire (y compris notre protagoniste ; j’y reviendrai plus loin !).
Même Cendrillon, loin d’être la nunuche pure et désintéressée que l'on connaît, se révèle au contraire assez froide et calculatrice pour parvenir à ses fins, n’hésitant pas, en outre, à sacrifier une histoire d’amour sincère pour des motifs entièrement financiers.
Quant à notre belle-sœur, la plus âgée des deux filles de notre marâtre, celle dont on suit la plupart du temps le point de vue, elle est à ce point matricée par ce système qu’elle est incapable de prendre le moindre recul. Y compris lors d’une séquence, se déroulant dans une forêt, durant laquelle des personnages ont des comportements et des propos qui auraient dû lui foutre sévèrement les yeux en face des trous. Mais l’esprit humain préfère toujours continuer à vivre dans ses illusions infondées (en particulier quand elles forment sa seule raison d’être !) plutôt que de les remettre en question. En conséquence, il est difficile de ne pas ressentir plus de peine qu’autre chose à son égard, même lorsqu’elle commet des actes détestables.
Le style visuel – loin de toute féérie – sombre, grisâtre et automnal, n’est pas sans rappeler certaines adaptations de contes ou romans jeunesse du cinéma tchécoslovaque, à l’ambiance tout aussi sinistre, à l’instar de l’Alice de Jan Švankmajer ou de La Belle et la Bête de Juraj Herz. La forme est ici en totale harmonie avec le fond.
Pour ce qui est du casting, tous les interprètes sont parfaits. Un sans-faute intégral. Mention spéciale à l’actrice principale du film, la charismatique Lea Myren, qui crève l’écran et qui parvient à insuffler – parfois uniquement avec son regard – toute une humanité profonde à un être qui aurait pu être facilement haïssable. Je ne pense pas m’avancer trop en disant qu’elle a toutes ses chances de rester dans mon top du top des plus grandes performances de l’année 2025.
Le seul reproche que j’ai à faire à l’ensemble, c’est que certains personnages secondaires ne sont pas assez exploités (particulièrement la sœur cadette, la seule, en plus, qui paraît posséder un minimum de bon sens !). C’est dommage. Mais pour le reste, la réalisatrice Emilie Blichfeldt, pour son tout premier long-métrage, réussit à nous offrir un conte féministe percutant ainsi qu’une critique tranchante (le choix de cet adjectif ne doit rien au hasard !) des normes sociétales auxquelles le corps des femmes se doit de se soumettre. Que vous l’appréciiez ou non, The Ugly Stepsister ne laisse, de toute façon, pas indifférent.