- Je ne suis pas fan de toute la filmographie de James Gray, mais c'est un réalisateur que j'apprécie de temps à autre. C'est un cinéaste qui n'a jamais gagné d'Oscar et qui, pour moi, s'est malheureusement un peu perdu par la suite sans retrouver sa maîtrise d'origine. S'il fallait que je conseille des films de James Gray, ce serait sans hésiter La Nuit nous appartient, The Yards et Two Lovers. Avec The Yards, son deuxième long-métrage, il réussit à poser une atmosphère poisseuse et mélancolique très marquante.
Un scénario solide et bien ficelé
- Ce qui fait la force du film, c'est avant tout son scénario particulièrement réussi. L'histoire, qui plonge dans la corruption des chantiers ferroviaires de New York, dépasse le simple film de gangsters pour devenir une vraie tragédie familiale. J'ai beaucoup aimé l'écriture : la trahison, le poids des secrets et la loi du silence sont amenés avec beaucoup de subtilité. C'est classique, mais extrêmement efficace et bien construit.
Un grand trio d'acteurs et le "miracle" Mark Wahlberg
- Côté casting, j'ai retrouvé deux acteurs que j'apprécie particulièrement. Tout d'abord Joaquin Phoenix, comédien que j'avais découvert avec Signes et Gladiator. Même s'il m'a déçu par la suite dans Napoléon ou chez Ari Aster, il confirme ici tout son talent en apportant une tension permanente. De son côté, le regretté James Caan, parfait en parrain d'industrie paternaliste et ambigu, confirme tout le charisme qu'il affichait déjà dans Le Parrain ou dans la série Las Vegas.
- Mais le vrai tour de force de James Gray réside dans sa direction d'acteurs avec Mark Wahlberg. C'est le genre de comédien que je n'apprécie pas du tout, que je trouve arrogant et agaçant dans quasiment tous ses rôles (notamment dans Les Infiltrés chez Scorsese). Pourtant, de façon incroyable, dans ce film, ça passe. James Gray réussit l'exploit de canaliser son arrogance pour en faire un Leo vulnérable, touchant et dépassé par les événements.
Une mise en scène élégante, une belle photo et une musique envoûtante
- La réalisation de James Gray est élégante, classique et immersive. Sa mise en scène prend son temps et s'appuie sur la magnifique photographie sombre aux tons dorés de Harris Savides, qui donne un côté lourd et intimiste aux scènes de famille comme aux moments de tension. Le tout est magnifié par la bande originale d'Howard Shore, lourde et mélancolique, qui accentue la dimension tragique du récit. Le rythme est posé, parfois un peu lent, mais cela sert totalement l'ambiance poisseuse du film.
Conclusion
- En somme, The Yards reste un très bon drame criminel, porté par une écriture solide, une esthétique remarquable et une direction d'acteurs impressionnante capable de canaliser même les comédiens les plus irritants. C'est le témoignage d'une époque où James Gray était au sommet de son art, signant là l'une de ses plus belles réussites.