Expérience totalement lunaire qui n'est pas tellement appréciable en soi (mise en scène minimaliste, esthétique vieillotte, zombies drogués en guise d'acteurs et d'actrices, pamphlet qui ne cherche pas la nuance, volonté de choquer à base d'inceste et d’anthropophagie, message au final un peu lourdaud avec le recul), mais qui retranscrit de manière aussi forte que particulière l'ambiance qui régnait dans la France contestataire radicale post-68, en réaction au climat pompidolien. Une cruauté et une férocité ouvertes, prises dans un fond de sauce bien cru que ne renierait pas l'humour trash et politique de Hara-Kiri, plutôt bon client en matière de provocation anarchiste. Autant dire qu'il reste encore pas mal de caractéristiques suffisantes pour choquer ou déranger encore 50 ans plus tard.


La plus évidente des bizarreries, c'est l'absence totale de dialogues qui ont laissé place à une suite ininterrompue de borborygmes gras — et le plus étonnant dans l'affaire, c'est qu'on comprend très bien le contenu de chaque séquence, à aucun moment on ne se retrouve paumé en termes de signification. Aucunement besoin de sous-titres. Tour de force mémorable. Et donc, des gens qui grognent animent cette comédie vacharde illustrant de manière on ne peut plus grossière le rejet présenté comme absolu de tous les codes de la société bourgeoise par l'ouvrier protagoniste, Michel Piccoli. La première de ses actions après s'être rebellé au travail : murer la porte d'entrée de son appartement et faire péter le mur donnant sur l'extérieur, créant de cette manière une sorte de caverne en haut de sa résidence. Le retour de l'homme de Néandertal...


À partir de ce moment, on monte d'un cran dans le niveau de n'importe quoi, avec toute la suite conditionnée par les assauts répétés de la police qui tente de déloger la tribu formée autour de Piccoli, désormais barricadée. Le niveau d'approximation est à corréler avec le nombre de personnages différents que chaque acteur interprète en parallèle, et on se surprend à voir passer les têtes de la bande du Café de la gare (Romain Bouteille, Coluche, Miou-Miou, et Patrick Dewaere dans un dernier moment de maçonnerie complètement foutraque). L'ensemble conserve une part conséquente d'intelligibilité tout du long, et si on peut apprécier l'immersion dans l'ambiance contestataire typique du début des années 1970 (anarchie revendiquée, rejet de la société de consommation et de toutes les formes d'autorité), la dénonciation de l'absurdité de la vie rangée, aussi insolite soit-elle, finit par tourner en rond et former une masse informe et indigeste.


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le 2 sept. 2025

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