Est-ce que c’est subtil ? Absolument pas. Ça n’en a même pas la prétention. Mais à l’heure où n’importe quel film français avec un personnage de chômeur est présenté – et vu – comme un brûlot politique, le manque de subtilité peut avoir du bon. Or, en l’occurrence, on parle d’un film dans lequel des personnages bouffent du flic, littéralement.

En termes de scénario, mettons que Themroc est à Chute libre ce que la bagarre de rue est à la boxe : frustré (?) avec sa sœur (!), humilié dans son travail, le personnage principal s’enferme dans sa chambre, défonce le mur extérieur à la masse et balance tous les meubles dans la cour. Le retour au troglodytisme et aux cavernes menace de faire tache d’huile, la police doit intervenir.

Raconté ainsi, on n’imagine pas encore tout à fait l’ampleur du chantier. Une caractéristique majeure du film de Faraldo, ce sont ses dialogues, qui se tiennent dans une langue imaginaire. Je parle bien des dialogues : la langue écrite de Themroc reste du français, illustré par quelques affiches publicitaires et tout juste modifié par la cette sorte de bienveillance managériale (« Gentils prolétaires », « Gentil sous-directeur », etc.) qui a fait florès depuis. Mais à l’oral, ce sont des borborygmes et des syllabes inarticulées, au milieu desquels on peut tout juste distinguer « Themroc ! » et « Rocthem ! », et qui pourtant n’empêchent en rien la compréhension du récit.

C’est par d’autres moyens que le spectateur est surtout malmené : dans cette scène inaugurale sans fin (le personnage principal prépare son petit déjeuner), dans ces personnages filmés comme des animaux, dans l’inceste implicite, dans la radicalité politique du propos qu’il faut bien admettre… Peut-être plus marquante encore le cannibalisme, il y a cette étrange scène où le maçon (Dewaere) semble finir par rallier la cause du peintre (Piccoli)…

Pas mal de critiques, s’appuyant à juste titre sur le fameux « contexte », rapprochent ainsi Themroc d’autres films français dérangeants et plus ou moins extrêmes des années 1970 : Buffet froid (1979), Calmos (1976), etc., sans parler de « l’esprit Hara-Kiri ». Je ne trouve rien à y redire, mais il me semble qu’on peut aussi établir des liens avec ce cinéma de la sauvagerie tel qu’on le trouve dans des films états-uniens de la même décennie : Les Chiens de paille (1971), Délivrance (1972), La colline a des yeux (1977)… À sa façon, le Michel Piccoli de Themroc est « né pour être sauvage ».

Alcofribas
9
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Créée

le 11 juil. 2026

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