Un film d'une rare intelligence, où l'on voit la force subversive d'un seul individu face à la machine étatique parmi les pires de notre époque, l'armée. Réalisation bien rythmée, un jeu maîtrisé, aucune scène inutile. Aucun moralisme, aucune idéologique, juste un mec qui refuse de "faire le mec" au sens patriarcal du terme, capable en cela de ruiner toute la crédibilité de l'autoritarisme des gradés de l'armée qui ne savent pas comment le mater. Il fait peur, il fait peur parce qu'il n'a pas peur de refuser ce masque du dur à cuire, il s'en moque en étant capable de se moquer de lui-même, ce qui le rend irréductible et irrépressible. De toute façon, au pire c'est la guerre et la mort assurée.
Sans doute une des meilleures fresques antimilitaristes qui montre que la racine de la débilité impérialiste et capitaliste se base sur le mensonge patriarcal de celui qui doit s'auto-nier pour être un bon soldat. Quelques tirades d'anthologie qui disent tout : "et si tout cela n'était qu'une immense tromperie, et que les mecs chargés de nous apprendre à être de la chair à canon se gouraient aussi; un truc d'homme à homme, de macho à la manque... ?"
Voilà qui montre qu'en comprenant cela, toute la légitimité de la guerre impérialiste s'effondre d'elle-même, au point même d'être capable de faire revenir l'individu Ezra à travers le sergent chef, de lui tenir tête au point de le faire douter de lui-même et d'enlever, pour quelques instants, le stupide masque militaro-patriarcal.
C'est ensuite tout un travail de Défense Collective par notre héro anti-héro : sauver un maximum de gars, en les démobilisant de l'armée et en leur évitant la guerre; et pour cela, rien de mieux que de retourner les règlements contre ceux qui les rédigent.
Bref, super film.
Et nique l'Etat.