Attention. il m'a fallu presque toute la durée du film avant d'en comprendre l'intérêt (je parle de l'intérêt en puissance, l'intérêt potentiel, disons, du point de vue de la réalisatrice, mais qui, dans mon cas n'est justement pas à même de susciter l'intérêt.) : Si, comme moi, vous ne fétichisez pas les pompiers et n'avez jamais spécialement été excité.e par leur puissance virile mais que vous voyez ceux du film comme une simple bande de gros beaufs décérébrés agités et pénibles, vous risquez, comme moi, de passer à côté du jeu érotique (supposé) de ce film.
En regard de cette virilité beauf exacerbée, la comédienne Agathe Rousselle va jouer à tenter de dissimuler sa féminité pourtant annoncée comme torride (tant dans son Eros que dans son Tanathos puisqu'elle est autant danseuse exotique hot que tueuse sadique compulsive) d'une façon qui n'est pas moins beauf ni grossière (je n'ai pas dit "vulgaire" dans la mesure où Ducournau tente de jouer la carte de la sophistication intello derrière un naturalisme dans le jeu contrebalancé par une esthétisation extrême mais peu créative ou originale dans son expression puisqu'on se contentera de néons roses et bleus et de machines à fumée crachant tout ce qu'elles peuvent). Aucune délicatesse ni aucun raffinement à rechercher dans ces expressions de désir nourris à la bière, aux strings dorés et à la techno gabber donc.
Sous cette première couche narrative un peu consternante et mal exprimée selon moi, se profile une longue interrogation sur un autre pan de la féminité qui est donc la grossesse.
Derrière un alibi de tueur en série là-encore très maladroit et primitif, aussi peu engageant ou ludique que peu enclin à nous aider à suspendre notre incrédulité, ce bébé qui grandit, scrupuleusement caché jusqu'au masochisme, est montré comme une expression presque parfaite de l'altérité, vampirisant quasiment sa mère, un autre contre lequel notre héroïne est plusieurs fois tentée d'entrer en lutte.
Pourquoi pas ?
N'étant pas directement touché par ce problème dans ma propre chair, je me crois mal placé pour oser un jugement sur cette partie. Le film était annoncé comme choquant, j'ai plutôt eu la sensation de me retrouver devant une soirée "Spéciale pompiers dans le Vaucluse" sur W9 que devant quoi que ce soit de propice à me retourner l'estomac.
De même, le message soi-disant transgressif de l'inceste doublé d'homosexualité entre le vieux Vincent Lindon et son prétendu fils ne fonctionne pas une seconde puis que l'objet de son désir est une femme de vingt cinq ans qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam. Au mépris total du narratif délirant sur lequel ils ont voulu baser leur relation, leurs corps se sont reconnus instinctivement comme compatibles, alors pourquoi devrions-nous être offensés ? Maigre question à mon avis.
Les références à Lynch, Cronenberg, Miike ou Leos Carax sont visibles mais elles ne sont pas comprises, je pense, en ce qu'elle n'interrogent aucunement le socle commun occidental et les travers culturels et sociétaux de leur folklore de souche contrairement aux grands noms dont elles s'inspirent. Chou blanc là-dessus également donc.
Reste Vincent Lindon qui joue très bien dans un registre à la Tchao Pantin et sans qui ce film n'aurait eu aucun intérêt à mes yeux. Mais je ne suis probablement pas du tout la cible.