Tomboy, c'est un de ces films où on se dit que le réalisateur est passé à côté de quelque chose de grand. Car Céline Sciamma avait assurément toutes les cartes en mains pour livrer une oeuvre intéressante et portant un regard juste sur l'enfance. Sa petite interprète, déjà, bluffante de véracité, le visage androgyne et beau. La moue parfois boudeuse, les yeux bleux profonds et la coupe garçonne dans laquelle on a envie de passer les doigts.
Laure, ou Michael, c'est le principal atout du film dans la mesure ou la petite comédienne ne semble faire aucun effort pour restituer ce que Sciamma attend d'elle, tant dans la camaderie avec les autres enfants que dans les relations touchantes au sein de la famille, que ce soit avec sa petite soeur ou ses parents aimants. C'est Laure qui distille toute la sympathie, qui magnétise l'attention, qui devient le véhicule (de l'absence) du propos.
Car Tomboy, et Céline Sciamma, se contente de poser un regard neutre sur l'enfance, sur ses jeux, la découverte et l'apprentissage de l'identité. Comme un témoin très détaché de ce qu'il filme. Mais Tomboy filme au moins avec un certain goût. Les couleurs de l'été inondent l'écran et les jeux de ses petits acteurs. Contrairement à des oeuvres comme Entre Les Murs qui se réclament pompeusement d'un cinéma vérité qui sent bon la préparation et la répétition stérile, le film résiste d'un bout à l'autre au regard acerbe qui traque les défauts du jeu qui ne serait pas spontané, de la volonté de capturer "le" moment qu'il faut immortaliser sur la pellicule. Il restitue la fraîcheur des enfants qu'il met en scène sans pour autant parader. Ce côté humble, épuré et simple est tout à son honneur.
Le problème, c'est que Sciamma pose un regard tellement clinique et distancié sur son personnage qu'elle en oublie de le remplir d'un pourquoi et fait que le spectateur reste en retrait. Pourquoi Laure s'est rêvée Michael. Pourquoi la double identité est née. Etait-elle déjà latente et suggérée par l'apparence osseuse et androgyne que renvoyait le miroir ?
Mais au moins, cela évite d'avoir à s'infliger, pendant une heure vingt, l'exposé militant d'une théorie du genre envahissante. Non, le film a le bon goût de laisser au spectateur l'intime de son ressenti, sans leçon de morale, sans vérité transcendante assénée.
Et vous me répondrez aussi que les actes des enfants n'ont pas toujours de raison claire, que le film épouse ainsi l'humeur du personnage qu'il dessine. Et de voir le mensonge évoluer, complice lors d'un repas familial, ou plus gênant. Jusqu'à devenir encombrant, devant les autres enfants quand il est éventé par la force des circonstances. Mais la mère et le père de Laure ne la jugent pas. Ils réconfortent. Ils pardonnent et oublient. Comme l'amie de Laure. Comme les enfants.
A girl is Behind_the_Mask.