Alors que l’on pouvait croire que les aventures de Maverick et Iceman resteraient derrière nous, dans une bulle de culte, où les avions de chasse et la testostérone cohabitent parfaitement dans un spot publicitaire, Tom Cruise continue de faire tourner la boutique à Top Gun. L’académie d’aviation pour les as arrive presque comme un cheveu dans la soupe, mais au parfum si odorant qu’il serait compliqué de ne pas l’avoir vu venir. Joseph Kosinski à la réalisation et Christopher McQuarrie au scénario, tout laisse croire que l’ultime rodéo pointe le bout de son nez, quitte à tordre le fuselage de Maverick, entre ciel et terre. Il aura fallu des années pour que Cruise atteste de sa générosité en matière de cascade et d’adrénaline pure, qu’il partage si bien à l’écran. Qu’on apprécie le concept ou non, il faut au moins lui reconnaître une présence et un rapport au corps qui dépasse l’entendement.


Si l’on empile tous les motifs du regretté Tony Scott dans l’ouverture, on passe rapidement à la vitesse supérieure dans un second temps, afin de rattraper le temps perdu et de poser les limites d’un Maverick, qui n’en a aucune. Et pourtant, le paradoxe est là, lui qui file comme une comète humaine, au-delà de nos attentes et au-delà du réel. Il s’efface peu à peu et le temps ne l’aide pas à progresser davantage. Maintenant qu’il est au sommet, il est vulnérable et ne peut s’empêcher de regarder en arrière. Au sol, c’est la nostalgie qui règne et faire la paix avec son passé devient l’enjeu du héros intrépide. On ne traînera pas davantage sur le tarmac cependant, car tout l’objet du voyage, physique et psychologique se jouera dans les airs, là où il se sent encore vivant, là où il peut tenter d’échapper à ses nombreux échecs. Le récit fonce et évite tous les obstacles grossiers qu’on pouvait reprocher au premier volet. Il n’est plus seulement question de raccorder les deux bouts, mais bien de tirer le tout vers le haut, en sacralisant l’étoffe du héros.


Les personnages secondaires sont assez fonctionnels, même pour le fils d’un certain Goose, qui sont tous présents pour étendre l’influence de Cruise dans une combine, à la « Mission Impossible ». Les corps filmés ne sont plus homoérotiques, mais bien des carapaces vides, dont on cherche à feindre l’intérêt. Ce n’est pas faute d’avoir essayé et d’avoir placé une femme dans le lot, comme sorte d’inhibiteur, mais tout ce qui importe dans le fond, c’est de regagner le cockpit pour un dernier tour de piste. Le vertige est assumé par l’appui de cadres exceptionnels, où les F-18 rasent les reliefs montagneux. La proximité avec la terre n’a rien d’anodin et ne fait que renforcer ce lâcher-prise que Val Kilmer soutient avec son personnage muet, mais qu’on entend gronder par la force des sentiments. Ce film en est rempli et les sensations fortes viendront boucler le tout dans un discours formel, qui ne fera que du bien à qui voudra l’entendre.


Ce genre d’expérience tranche magnifiquement avec la salve de blockbusters sans âmes, que l’on catapulte sans recul. « Top Gun : Maverick » convoque ainsi les démons du célèbre pilote, qui refuse de se plier aux règles, au système et à ses limites. Il reste fidèle à lui-même, malgré une insolence redondante, mais dont on ne boudera pas le plaisir de le voir recaler la dernière génération de cascadeurs. Ils sont fougueux, passionnés, pourtant, c’est aux vétérans que l’on doit tout. Cruise et Maverick font face à leur jeunesse, à leurs amours et surtout à leur ego. Si le bonhomme n’est pas encore prêt à raccrocher, le spectateur non plus et en demandera plus, rien que pour bâtir du neuf avec le vieux.

Cinememories
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le 1 juin 2022

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