J’ai lancé le visionnage de Toxicily complètement par hasard, au milieu d'un catalogue pléthorique de films, intrigué par cette très belle affiche aux couleurs vives du squelette de flamant rose façon Fête des Morts mexicaine (l’affiche mise en avant ici sur SC n’est pas l’affiche française, mais on peut la trouver dans la section des photos du film) ainsi que par ce titre aguicheur, en forme de contraction entre « Toxique » et « Sicily ».
Bien loin de la Sicile de carte postale, aux plages de sable fin surmontées du majestueux volcan Etna, Toxicily campe son décor dans la petite ville d’Angosta (36 000 habitants, dans la province de Syracuse), l’un des principaux ports d’Italie. La zone portuaire n’est pas le sujet de ce documentaire, mais plutôt les conséquences environnementales et sanitaires dramatiques liées aux raffineries de pétrole qui l’entourent. Il s’agit d’un des complexes pétrochimiques les plus importants d’Europe, et le film s’efforce de montrer du doigt les effets dévastateurs en matière de pollution des sols et de dommages sur la santé des habitants. Les cancers, malformations génériques et la mortalité infantile sont des sujets centraux de ce film.
Toxicily est réalisé par Jean-Xavier Destors, auteur et réalisateur engagé. Son premier livre, publié en 2010, étudie la représentation au cinéma du génocide des Tutsi au Rwanda. Il y réalise également son premier documentaire, Rwanda La Surface de Réparation en 2014. Il réalise plusieurs documentaires, comme Norilsk, ainsi qu’une mini-série sur 1968. Jusque-là réalisateur de télévision (Arte, France 3), Toxicily est son premier film à sortir au cinéma. Mais peut-être aurait-il mieux fallu qu’il se concentre sur ce qu’il sait faire, le petit écran…
Malgré sa courte durée d’1h15, Toxicily s’abime dans tous les écueils du documentaire. « L’enfer est pavé de bonnes intentions » comme on dit. Le sujet brûlant – faire connaître au public ce drame écologique délaissé par les pouvoirs publics – est tout à fait louable, mais la réalisation laisse clairement à désirer.
Plutôt que de se concentrer sur un angle d’approche spécifique - sur une forte personnalité qui ferait découvrir au public le problème de l’intérieur par exemple –, le film reste en surface, égraine poussivement les entretiens et accumule les témoignages et anecdotes racontant peu ou prou la même chose. Ceux-ci sont pour la plupart retranscrit en voix off, tandis que les images de cheminées fumantes et de décharges à ciel ouvert font du remplissage.
Le choix des intervenants est également assez surprenant : la plupart ne sont qu’indirectement concernés par la catastrophe sanitaire, chacun relate une anecdote sur une connaissance attente de cancer, sur un voisin dont l’enfant est victime de malformation… Diantre, mais pourquoi ne pas être allé voir directement ces personnes-là ?!
C’est là tout le problème de ce Toxicily : bien que le sujet soit percutant, et que l’on nous annonce à maintes reprises qu’il est tabou dans la région – la population semble particulièrement sur ses gardes quand il s’agit d’aborder le sujet, non pas qu’une peur primale transparaisse, mais le problème de pollution semble tabou – notre intérêt de spectateur décroit rapidement. On se dit : « on a compris le sujet de fond, maintenant s’agirait de creuser ! ».
C’est fort dommage car il y avait sans aucun doute matière et faire un film efficace et impactant.