Dans ''Night train to Munich'' – 1940 de Carol Reed, l'on retrouve Margaret Lockwood et le couple Charters & Caldicott, deux ans plus tard, dans un autre train.
Cette fois-ci il ne s'agit pas d'une espionne anglaise qui disparaît mais d'un espion anglais qui apparaît en uniforme d'officier nazi pour exfiltrer de Germania un savant tchécoslovaque et sa fille. Sur un thème similaire, Reed parvient à rivaliser avec Hitchcock dans sa maîtrise du langage cinématographique. Mariant habilement images d'actualité, prises extérieures, studio et maquettes*, il joue des ombres ou des effets de miroirs – dans la chambre de l'hôtel Oden – pour travailler sa matière visuelle.
Il parvient à camper une atmosphère de tension avec des revirements inattendus sans oublier l'humour sans lequel l'esprit anglais serait à la peine. « If a woman ever loved you like you love yourself, it would be one of the romance of history » décoche l'héroïne à un Rex Harrison transformiste qui fait beaucoup par sa désinvolture élégante pour instiller partout la touche d'ironie nécessaire. Charters & Caldicott, moins queer que dans ''The Lady vanishes'', entrent pour ainsi dire dans la danse en participant plus directement au dénouement.
Voilà de la propagande légère, qui ignorait forcément le tournant macabre qu'allait prendre le conflit.
(*) les vues intérieures de la chancellerie du Reich, du bureau de Hitler et du Berghof sont saisissantes de vraisemblance et inquiétantes de gigantisme