Le cinéma se penche finalement peu souvent sur les anonymes de ce monde, qui ne laissent aucune trace, une fois leur humble existence achevée, aussi peu héros que salauds. Train Dreams possède quelques points communs avec Le son des souvenirs, les deux films prenant leur source, ce n'est pas un hasard, dans un matériau littéraire et s'étendant sur une partie du siècle dernier. Loin du fracas des guerres et de la folie destructrice humaine, le long métrage de Clint Bentley s'attache au destin peu spectaculaire d'un homme qui n'avait pas rêvé sa vie, a connu une courte épiphanie familiale, avant de reprendre une existence en marge des progrès de la civilisation, solitaire par la force des choses et par choix, marqué à jamais par un événement tragique. Ainsi, Robert Grainier, bucheron de son état, n'est qu'un homme dans le paysage, qui aura vu et peut-être compris moins son environnement que les arbres séculaires qu'il aura abattus, si ce n'est sans doute avoir connu le goût de l'amertume et des regrets, sidéré par la vitesse du temps qui passe. Train Dreams ne raconte rien d'autre que la condition humaine, sa destinée vers la poussière, dans une belle forme épurée et minimaliste que d'aucuns, habitués à d'autres rythmes, rejetteront pour cause de lenteur, comme si cette notion n'était pas avant tout subjective. Terrence Malick sur le plan visuel et l'écrivain autrichien Robert Seethaler pour le récit sans fioritures, sont deux des artistes dont le nom vient à l'esprit pour évoquer un film qui préfère la quête de sens au tumulte de l'action.