Au-delà des qualités visuelles indéniables du film, la question centrale qui m'a occupé devant Train Dreams réside dans son choix stylistique le plus audacieux : l'omniprésence de la voix off. Pour moi, qui ne connaissais pas l'œuvre de Denis Johnson, cette narration omnisciente et poétique, riche en information et en réflexions profondes, a été à la fois fascinante et troublante. Elle confère au film son ton unique, transformant le récit en une élégie solennelle sur la solitude et le deuil. Je dois reconnaître que, malgré ma méfiance habituelle envers les voix off au cinéma surtout quand elle est aussi présente, ce que j'ai rarement vu, celle-ci ne m'a pas dérangé outre mesure et m'a même donné envie de m'intéresser aux nouvelles de cet auteur.
Cependant, j'ai rapidement ressenti que cette prose littéraire introduit une distance critique qui neutralise toute tension dramatique conventionnelle. En préfigurant les malheurs de Robert Grainier – notamment la perte de sa famille. J'avais l'impression d'assister moins à un drame qu'à une contemplation de la fatalité. La richesse du texte, bien qu'admirablement écrit, donnait par moments le sentiment d'écouter un livre audio illustré plutôt que de vivre pleinement une expérience cinématographique. C'était un vrai questionnement durant le film. Le réalisateur a sans doute voulu préserver l'âme du texte, et j'admets qu'il aurait été compliqué de retransmettre cette richesse autrement. En l'état,
Train Dreams est le résultat d'un compromis : l'adaptation réussit à conserver l'âme de la nouvelle, mais au prix d'un trouble pour moi, cinéphile, contraint d'accepter que le lyrisme littéraire ait primé sur les règles de la narration filmique. C'est l'essence même de l'œuvre et sa plus grande source d'ambiguïté.
[P.S.]
Cette immersion fascinante et troublante dans la narration de Train Dreams n'a fait que renforcer ma conviction sur la puissance et la complexité de l'outil. J'en retire l'envie de classer et de mettre en lumière ces narrations si particulières : je vais d'ailleurs me lancer dans l'élaboration de mon Top 10 des meilleures voix off omniscientes du cinéma !