Transit est le film le plus ambitieux de Christian Petzold. Bien davantage que Jerichow, Barbara ou Phoenix. Et déroutant, forcément, avec le choc des temporalités, le Marseille d'aujourd'hui étant le cadre de l'exil de citoyens allemands fuyant le fascisme durant la deuxième guerre mondiale. En refusant d'adapter le livre d'Anna Seghers sous forme de récit historique, le cinéaste prenait le risque de la désorientation, dans une approche cousine du fantastique. S'il est indéniable que ce postulat gêne dans un premier temps, il faut en accepter l'augure et se laisser entraîner par un récit qui ne cherche pas la crédibilité à tout prix mais s'aventure au contraire dans des contrées mentales et imaginaires, beaucoup plus confuses, romanesques au possible, bien que terriblement distanciées. La sensation est étrange, renforcée par une voix off on ne peut plus littéraire et une armature fragile d'histoire de roman noir avec un personnage énigmatique et sacrificiel et une héroïne mystérieuse et errante. S'il y avait un regret, d'ailleurs, ce serait de ne pas voir davantage Paula Beer à l'écran, enfin de retour après Frantz, et aux magnifiques cernes de fatigue. Finalement, nous ne sommes pas si loin de Casablanca, dans cette ambigüité des temps où la différence entre un sauveur et un salaud ne dépend que d'un geste. Transit n'est certainement pas le film le plus évident de Petzold mais il est sans aucun doute celui qui mérite le plus d'être revu pour sa richesse et son climat en clair-obscur. Quant à savoir s'il parle des migrants de notre époque, oui, bien sûr, à sa façon, sans donner de leçons. Nous sommes tous des réfugiés, d'hier, de maintenant ou de demain.