Le choix de transposer l’histoire dans notre époque a de quoi dérouter : il faut un petit temps d’adaptation pour accepter le postulat de départ, à savoir une Allemagne fasciste envahissant la France en 2018. Mais plus l’histoire avance, plus ce choix s’avère pertinent, dans la mesure où il pousse le film vers une abstraction et une universalité qui lui permettent de traiter son véritable sujet, qui est le thème éternel et cruellement d’actualité de l’exil forcé ; et lui évitent de s’enfermer dans une quelconque reconstitution historique qui n’aurait pas de propos véritablement politique.
Le film est en cela une demi-réussite car il s’encombre aussi de sous-histoires et de ficelles dramatiques parfaitement dispensables, qui diluent la puissance qu’il aurait pu avoir. La seule piste scénaristique intéressante reste l’histoire d’amour très « film noir » entre le héros et le personnage de Paula Beer qui hante le film malgré sa présence relativement courte à l’écran, le tout sous fond de climat pré-émigration très bien mis à l’écran (le choix de Marseille, ville portuaire, n’y est pas pour rien) de panique, de suspicion et de douleur, que certains tordus aujourd’hui veulent réduire à une simple affaire d’allocations sociales. Et rien que pour cela, ce film mérite notre attention.