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Irritation game
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Trap aborde avec malice le « piège » non plus comme un twist, marque de fabrique du cinéaste, mais comme une donnée initiale avec laquelle orchestrer une série de variations : Cooper dispose en permanence d’une longueur d’avance, d’un accès privilégié aux plans dressés par les forces de l’ordre ; l’œil n’est pas sur le spectacle qui se représente, il est constamment ailleurs, tourné vers son entourage, vers la foule, vers tous ceux qui ne le considèrent pas. En cela, ce personnage constitue peut-être le spectateur idéal pour M. Night Shyamalan, un spectateur capable d’accéder aux petits détails, aux indices semés à droite à gauche, tel le redoublement des caravanes (l’une pour un membre de l’équipe technique que l’on dénigre par déception, l’autre pour la chanteuse que l’on acclame) mimant la double identité de Cooper.
Dès lors, la construction bipartite du film répond précisément à cette dernière : au concert public réunissant des milliers de fans hystériques succède un huis clos dans la maison de famille où les rôles s’inversent malgré la permanence de certains éléments (le chant et la musique, la nourriture…), permettant à Lady Raven de transformer son corbeau en colombe pacificatrice, toute de blanc vêtue, et au pompier sauveur d’enfant de dévoiler un visage plus contrasté – notons d’ailleurs que la caméra ne cesse de le trancher en le captant de profil, en le cadrant de moitié ou par divers jeux de lumière. L’énumération de retournements de situation, tous plus grotesques les uns que les autres, est donnée comme telle et répète, sur un mode parodique, les facilités manifestées pendant le show ; elle figure le caractère extraordinaire de Cooper, que le cinéaste range parmi sa galerie de surhommes ressuscitée avec Split (2016).
À l’instar des deux entités supérieures en présence, nous avançons à tâtons, au gré de leurs improvisations et de leurs stratégies, suivons le processus de résistance d’un être à l’enfermement, métaphore ici de l’uniformisation sociale – voir à ce titre les sourires qu’il faut constamment afficher, pensée positive oblige… – qui fait de Trap le pendant négatif de Split : il ne s’agit plus d’observer les transformations successives d’un être aux allures de monsieur tout le monde, mais d’assister aux travestissements d’un diable en père de famille aimable et aimant. Josh Hartnett le campe à la perfection et donne un visage à un personnage dont nous garderons longtemps le souvenir tourmenté. Un quasi chef-d’œuvre.
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Créée
le 2 août 2024
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