Un voyage aux origines du néo-réalisme italien : en 1933, Raffaello Matarazzo réalisait clairement un film qui peut être considéré (parmi d'autres, sans doute) comme précurseur de tout un courant cinématographique.
"Treno Popolare" se décompose en trois temps (plutôt que les deux annoncés par des encarts), très inégaux en durée. Une première partie, assez courte, située dans le train éponyme, présente une série de petit groupes de personnes vivant à Rome et en route pour un weekend à la campagne. Une deuxième partie, la plus longue, occupant la majeure partie du film, dans un village excentré où tous les personnages vaquent à leurs occupations, et se concentrant plus particulièrement sur un triangle amoureux (matrice d'une bonne partie de la comédie de mœurs italienne). Enfin, un dernier temps très court, dans le train du retour, donne un aperçu de la reconfiguration des relations, des couples, des amitiés, à l'issue d'une escapade mouvementée.
La dimension réaliste tient principalement au fait que l'essentiel du film est tourné en décors naturels, à une époque où le cadre du studio était encore la référence. Le film, à l'occasion d'un pique-nique dominical, raconte avec une élégance remarquable (accentuée par la musique de Nino Rota) pour l'époque les déambulations de deux collègues, un homme un peu austère et une femme plutôt attrayante, et leur rencontre avec un homme fort avenant qui induira beaucoup de conflits. Très classique dans la comédie de mœurs, les quiproquos et autres facéties amoureuses restent distrayants.
La particularité du film, presque invisible, réside dans le fait que ces "trains populaires" avaient été institués par le régime fasciste, au début des années 30. Le but était de faire voyager les classes populaires en offrant des réductions importantes sur les billets de train. Mais aucune référence à cela dans la fiction : le registre reste cantonné à la comédie, avec quelques accès de mélancolie et de lyrisme bucolique. On pense à certains film allemands comme celui réalisé par Helmut Käutner à la fin de la Seconde Guerre mondiale, "Sous les ponts", totalement étranger au conflit en cours.