C'est presque involontairement que j'ai « revu » la version « Director's Cut », mais je me passerais de comparaison tant je ne gardais quasiment aucun souvenir du montage cinéma. 30 minutes supplémentaires qui semblent effectivement donner plus d'ampleur, de dramaturgie à la production, offrant indéniablement un spectacle de qualité, où l'imposant budget se fait (très) fortement ressentir. J'en venais même à regretter que plus personne n'ait cette ambition démesurée d'offrir ce genre de péplums, avec décors grandioses, costumes, figurants par milliers, batailles... Wolfgang Petersen a incontestablement du métier et sait emballer avec talent, quelques scènes faisant assurément leur effet dans cette logique « grosse production ».
On sait également gré à la Warner de ne pas avoir, du moins ici, chercher à aseptiser la violence ou à la rendre plus « familiale », les effusions de sang et les actes de sauvagerie se multipliant sur la durée, parfois avec une très grande brutalité. On en a clairement pour son argent, l'action étant présente sans pour autant écraser les enjeux d'un scénario ne pouvant avoir que de l'ampleur étant donné ses origines « homériques ». L'épopée fait la part belle à plusieurs grandes figures du récit, en premier lieu Achille, Hector ou Pâris, l'occasion, aussi, de mettre en valeur le physique de son trio d'acteurs, Brad Pitt en tête, faisant de ce dernier une figure complexe, ambiguë et donc plutôt intéressante.
Après, il ne faut pas avoir d'attentes plus importantes que celles évoquées précédemment : si ce n'est une séduisante scène d'introduction, présente uniquement dans ce nouveau montage, on sent un important cahier des charges à respecter. Conséquence directe : beaucoup de libertés prises avec le récit originel, pas toutes indispensables, notamment la place importante prise par l'idylle entre Achille et Briséis, peu crédible dans son déroulement. Certains personnages sont trop délaissés, très peu, à l'exception d'Achille et Priam (excellent Peter O'Toole), suscitant une réelle passion, à l'image du récit lui-même. J'ai beau ne m'être jamais vraiment ennuyé durant ces plus de trois heures, je ne me suis jamais senti suffisamment bousculé, ému, passionné par ce qu'il se passait, me contentant d'un beau spectacle mené avec maîtrise, certaines combats (notamment la destruction finale de Troie) faisant leur effet, malgré un léger manque de visibilité par moments.
Bien que sanglant, parfois brutal, « Troie » surexploite les romances d'un intérêt moyen (il faut plaire au bon peuple!), tout en évitant de trop édulcorer les faits essentiels, la terrible soif de pouvoir des hommes en tête. Un (re)visionnage plutôt porteur, donc, sans grande surprise mais porteur d'une belle ambition et désireux de partager avec le public une grande aventure à découvrir sur grand écran : comme écrit précédemment, si les producteurs américains pouvaient proposer des blockbusters autre que super-héroïques, nul doute que les salles obscures retrouveraient nettement plus d'attrait.