Philippe Le Guay est nous a servi quelques comédies piquantes tels que “Le coût de la vie” (2003) avec Vincent Lindon ou “Les Femmes du 6ème Étage” (2010), avec Fabrice Luchini. Sur un ton beaucoup plus sérieux, il s’attaque, avec “Trois Huit”, au délicat problème du harcèlement moral sur le lieu de travail.
Pierre a reçu un nouveau poste dans une usine de fabrication de bouteilles en verre. Fred, un de ses collègues, se met à lui faire de sales blagues. La situation dégénère bien vite, les moqueries de Fred deviennent répétitives, se transforment en vexations systématiques et autres manipulations et mensonges.
Gérald Laroche interprète ici un personnage trop gentil pour se défendre vraiment contre celui joué par Marc Barbé. On ne saura jamais ce qui rend Pierre si impuissant face à une telle violence (cela mériterait un deuxième film, voire toute une série...). Ce film est l’un des rares à montrer un personnage de victime “consentante” dans un contexte quotidien. De telles situations arrivent hélas tous les jours, et Philippe Le Guay n’a de cesse d’explorer tous les aspects de cet engrenage féroce dans lequel certains tombent (tolérance excessive des autres travailleurs aux méfaits de Fred, le regard déçu du fils de Pierre face au renoncement de son père...). Moralité, lisez le célèbre livre “Le harcèlement moral au travail” de Marie-France Hirigoyen afin que démasquer plus facilement ce genre d’individus qui n’ont, faut-il le rappeler, aucune conscience. Messieurs les pervers... A vos marques!... Prêts?... Allez vous faire foutre!
(cette critique est parue dans le magazine mensuel satirique liégeois "Le Poiscaille" en janvier 2013)