Depuis les années 1970's, les Studios Disney n'attirent plus. Ou du moins, ils n'attirent plus autant qu'avant. Leurs productions semblent dépassées pour bien des spectateurs en plus d'être répétitives et se basant à chaque fois sur une formule sûre (la comédie notamment). Si l'animation a encore quelques cartes à jouer, la section en images réelles n'a jamais été autant en danger. La mort de Walt Disney y a été pour beaucoup, la boîte aux grandes oreilles est perdue sans son créateur. La décision va donc être prise d'étendre les genres permis du domaine Live avec des essais au film fantastique étrange (La Montagne Ensorcelée) ou au film de science-fiction (Le Trou Noir).
C'est ce dernier qui va être déterminant puisque la super-production de S-F de 1979 ne va pas rencontrer son public et pire encore, elle va faire perdre de l'argent à la Maison de Mickey. Mais le studio n'en démord pas, il veut son Star Wars coûte que coûte! Le triomphe de La Guerre des Étoiles a été si retentissant qu'il serait bête de ne pas profiter de la vague. Mais pourtant, l'idée de Tron ne va pas venir de Disney mais d'un réalisateur, Steven Lisberger.
Tom Wilhite, promu vice-président du développement créatif des productions Disney destinées au cinéma est convaincu que le studio peut soutenir des projets extérieurs à la boîte en acceptant les idées d'autres réalisateurs ayant besoin de financement (il soutiendra par ailleurs John Lasseter dans sa volonté de produire un premier film d'animation en images de synthèses qui se transformera en dessin animé 2D, Le Petit Grille-Pain Courageux). C'est ce qui va se produire avec Lisberger qui va demander de l'aide au studio pour mettre en oeuvre son prochain film: Tron.
Fasciné par le monde du jeu vidéo, Lisberger va pousser Disney à s'offrir une place importante dans l'Histoire du Cinéma puisque Tron va devenir le premier long-métrage à utiliser aussi massivement des images assistées par ordinateur. À une époque où les informaticiens n'avaient que leurs claviers pour travailler, le rendu final n'en est que plus impressionnant même en ne prenant pas ça en compte. Car Tron a une imagerie numérique jamais-vue et encore de nos jours impressionnante.
Multipliant les angles de caméra quasiment impossibles à réaliser à l'époque, Steven Lisberger offre un long-métrage d'une richesse technique époustouflante. Que ça soit pour le passage du monde réel à celui de l'informatique (donnant une impression de frontière indescriptible) ou les courses de cycles lumineux tendues et nerveuses. Tron a du cachet et son style visuel propre à lui! Ses costumes auront beau être assez ridicules et ses effets spéciaux avoir vieilli, la prouesse technologique se ressent toujours des années après.
Outre son imagerie exceptionnelle, Tron propose une réflexion sur le rapport entre le créateur et son outil très intelligente représentée au départ simplement par les concepteurs construisant des ordinateurs et des intelligences artificielles puis dans un second temps par ces mêmes créateurs étant perçus comme des dieux aux yeux de leurs programmes qui sont par ailleurs possesseurs d'une vraie conscience. Tout ceci ne va bien sur jamais trop loin mais on est libre d'y livrer n'importe quelle interprétation selon notre analyse du film.
On pourra ainsi lui pardonner son rythme assez lent, son jeu d'acteur très limité (à sa défense, on pourrait éventuellement dire que c'est voulu au vu de l'environnement informatique et froid du film) et ses quelques petits soucis d'écriture.
Tron est aussi imparfait qu'il est fascinant. Film révolutionnaire à sa sortie mais n'ayant pas réussi à rameuter les foules, c'est finalement grâce à la curiosité du public qu'il va gagner son statut de film culte au fil des années et avoir une influence majeure sur le cinéma de science-fiction et la conception des images numériques.
Il devient ainsi un film extrêmement important dans l'Histoire des Studios Disney et dans l'histoire du Cinéma tout court. À (re)découvrir sans plus tarder!