Qui est le film ?
Ce Tron - Arès est un réflexe de marque. Après l’élan naïf de Tron (1982) et la mélancolie publicitaire de Tron: Legacy (2010), ce nouvel opus s’inscrit dans un paysage culturel déjà traversé par l’IA, déjà meurtri par les promesses déçues de la Silicon Valley. Mais là où le film devrait affronter ce monde, il se contente d’un récit qui en recycle les mythes les plus pauvres.
Par quels moyens ?
Le premier choix fondamental du film est aussi le plus destructeur : abolir toute contrainte. La matérialisation des programmes dans le monde réel fonctionne en réalité comme un passe-droit narratif. Tout devient possible, donc rien n’a de valeur. Les règles ne sont jamais établies, seulement invoquées puis contournées. Or sans contrainte, il n’y a ni dramaturgie, ni pensée. Ce flottement ruine immédiatement les enjeux. Le danger n’est jamais ressenti, seulement annoncé. Les menaces sont abstraites, les conséquences inexistantes. Le film avance par inertie scénaristique, enchaînant des situations sans poids.
Le personnage d’Arès cristallise cette vacuité. Pensé comme une IA en quête d’humanité, il convoque Frankenstein comme un label culturel. Arès ne doute pas réellement, ne désire rien de précis, ne traverse aucun conflit structurant. Il ne devient pas humain : il en adopte les signes extérieurs. Jared Leto incarne moins une conscience émergente qu’un concept vidé. Face à lui, les personnages ne servent que de fonctions. Les relations ne sont jamais construites, seulement déclarées. Les dialogues, souvent explicatifs, tentent de combler ce que la mise en scène refuse d’incarner.
La vision politique du film est tout aussi indigente. Le futur de l’humanité repose sur une opposition caricaturale entre deux figures de patrons de la tech : l’un grotesquement maléfique, l’autre moralement irréprochable. Aucun collectif, aucun tissu social, aucun contre-pouvoir. Le monde est réduit à une lutte de CEO. Le spectacle, censé compenser cette pauvreté, trahit à son tour ses promesses. Certaines idées visuelles sont séduisantes sur le papier mais tout reste retenu, aseptisé. Dans ce désert de pensée, la musique fait figure d’exception. Le travail de Trent Reznor et Atticus Ross apporte une densité que le film n’a pas. Leur EBM industrielle injecte une noirceur, une tension, une gravité absente ailleurs.
Quelle lecture en tirer ?
Tron : Ares ne rate pas seulement son sujet. Il prouve qu’il ne sait plus pourquoi il existe. Tron était autrefois une utopie technologique, maladroite mais sincère. Aujourd’hui, le numérique n’est plus un ailleurs à fantasmer. Et en refusant de regarder cette réalité en face, le film se condamne à la simulation.