Un récit d'une sincérité étonnante avec des silences aussi lourds qu'expressifs.
"Tu ne mentiras point" raconte l'histoire de Bill Furlong. Un livreur de charbon irlandais des années 80 qui subvient, comme il peut, aux besoins de sa famille. Mais son existence se complique lorsque ce dernier est témoin de mauvais agissements sur des jeunes filles une fois venu le moment de livrer sa marchandise dans un des couvents de la Madeleine.
Réalisé par Tim Mielants, le long métrage est doté d'une profondeur assez spectaculaire avec des scènes du quotidien banales à première vue mais qui, assemblées bout à bout, forment une osmose affective assez jouissive pour le spectateur.
Adapté du roman "Ce genre de petites choses" de Claire Keegan, la scénariste Enda Walsh a su exposer, via le puissant minimalisme des dialogues, l'âme des personnages tous superbement interprétés. Les actrices Emily Watson, Michelle Fairley, Eileen Walsh et le comédien Cillian Murphy ont tous eu la justesse et la sincérité nécessaires pour nous plonger au mieux dans l'âme des individus qu'ils incarnent.
Mention spéciale à l'acteur de "28 Jours plus tard" qui m'a personnellement beaucoup ému par la subtilité de son jeu. Car ce n'est pas forcément évident de créer une attache avec un personnage aussi discret que taiseux. Mais l'honnêteté du scénario et l'évolution de monsieur Furlong tout au long de l'histoire nous poussent à remarquer la grande et belle âme du livreur de charbon.
Les flashbacks où on observe Bill enfant, incarné par le jeune et talentueux Louis Kirwan, l'on reconnaît aisément la personnalité du commerçant une fois adulte. Dos voûté, tête et regard baissés, l'allure physique du protagoniste principal concorde avec son caractère timide. Le plus beau point à noter au niveau de Bill, c'est le courage dont il fait preuve à de nombreux moments du film, à la fin notamment. Un trait de caractère que l'on n'aurait pas forcément deviné au vu de la profonde timidité du personnage. "L'habit ne fait pas le moine", comme on dit.
Niveau interprétation, Emily Watson est puissante dans l'autorité et la peur qu'elle crée dans son rôle de la révérende mère froide et lugubre. Son Ours d'argent de la meilleure performance féminine dans un second rôle à la Berlinale 2024 est bien mérité.
Ce long métrage produit par "Artists Equity", la société de production de Matt Damon et Ben Affleck, vaut clairement le détour pour celles et ceux qui ont envie de s'émouvoir d'une histoire inspirée de faits réels.