Mentor de Clint Eastwood, Don Siegel est un habitué des films de gangsters et un amoureux des héros solitaires opposés à un système injuste. Il livre avec cette cuvée 1973 une nouvelle déclinaison de ses thèmes fétiches.


Cousin placide d'un Parker, Charley Varrick pourrait parfaitement évoluer dans l'une des aventures du personnage crée par Donald E.Westlake. Braqueur de banques opposé à la fameuse « organisation », cet individu est obligé de défier un réseau criminel qui prend la forme d'un vaste conglomérat d'entreprises dirigées par d'obscurs chefs au pouvoir illimité. Métaphore du monde moderne, cet état de fait symbolise la dictature entrepreneuriale qui voit les grosses entreprises avalées les indépendants. Ainsi, notre héros est caractérisé par la réplique « Charley Varrick, le dernier des indépendants », que plusieurs personnages lui adressent. Contraint de basculer dans le crime car sa boîte de dératisation ne peut rivaliser avec les grosses compagnies, il se retrouve après un braquage, au mauvais endroit, à nouveau opposé au même type d'ennemi.


Cet ennemi est incarné à l'écran par deux bonnes trognes comme on les aime : Joe Don Barker (abonné aux seconds rôles savoureux dans les années 70-90) et John Vernon (le maire couard de l'Inspecteur Harry). Le premier, Molly, est un tueur à la force tranquille mais néanmoins impitoyable, tandis que le second, Boyle, est un gangster en col blanc dont les principales armes sont ses paroles fielleuses.


Autour de ces personnages, Siegel compose un western moderne désenchanté composé d'individus prêts à toutes les bassesses pour quelques dollars. Pour souligner son effet, le réalisateur s'attarde à plusieurs reprises sur des scènes de jeux d'enfants pleine d'innocence qui contrastent avec ce monde d'adultes machiavélique. Varrick apparaît alors comme une espèce en voie de disparition. Unique personnage positif, il est le seul à être humanisé lors d'une très touchante scène d'adieux à sa femme décédée. C'est le seul moment d'émotion pure, au sens littéral, dont le métrage nous gratifie. Esprit libre nageant à contre-courant, il ne lui reste plus que son ingéniosité pour survivre.


À la bonté du héros lui est opposée le brutal Molly. À l'inverse de la scène mentionnée juste avant entre le héros et son épouse, lors des quelques scènes où Molly est avec des femmes, il ne cesse de les traiter comme des morceaux de viande. Il les déshumanise pour pouvoir mieux les dominer. Son comportement avec les hommes est dans la même logique : le recours à la force brutale est systématique. S'il est de prime abord d'un calme olympien, c'est un personnage avant tout violent pour qui la fin justifie les moyens, peu importe lesquels.

Boyle le truand n'a rien à envier à Molly. Personnage qui évite la confrontation physique, il distille par ses propos un poison mortel dont la finalité est sa survie, et ce à n'importe quel prix.


En somme, Molly et Boyle sont le bras armé d'un système destructeur qui vieille à asseoir sa domination et à briser les indépendants qui veulent se faire par eux-mêmes. En cela, le parcours du héros est un aveu d'échec du rêve américain. Nous sommes dans les années 70 et l'heure n'est plus aux lendemains qui chantent. Après un brillant final qui cite la Mort aux trousses, cette idée est parfaitement magnifiée par le dernier plan qui s'attarde sur la tenue de travail du héros qui brûle, flanquée du slogan « le dernier des indépendants ». Si Varrick a réussi à se défaire de ses adversaires et à conquérir sa liberté, il l'acquiert au prix d'une mort symbolique.

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Film anti-système ? Film nostalgique d'une période où le rêve américain n'était pas étouffé par un capitalisme vorace ? Western désabusé ? À n'en pas douter ce long-métrage est tout ça à la fois. À l'instar d'un inspecteur Harry qui luttait seul contre un système judiciaire défaillant, Charley Varrick lutte contre un système économique inique. Indubitablement, ce Tuez Charles Varrick est une très bonne cuvée, toujours au goût du jour.

nico-hanna
8
Écrit par

Créée

le 2 juin 2026

Modifiée

le 3 juin 2026

Critique lue 5 fois

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