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le 11 févr. 2026
SuivreRaimi, Sang, Famille
Désolé, mais si ça n'avait pas été Raimi derrière la caméra, personne n'aurait donné du crédit à ce film ultra bancal.Alors oui, c'est plutôt malin de vouloir renverser le récit de survie lambda...
Laissant derrière lui le faux pas Doctor Strange 2 (Marvel et cinéma, oxymore par excellence), le trop rare Sam Raimi retrouve le ton mordant de la trilogie Evil Dead afin de nous proposer une satire acide du monde patriarcal et capitaliste.
Huit clos à ciel ouvert, le film prend le temps lors de son prologue de nous présenter les différents enjeux qui seront développer sur l'île. Une héroïne asociale et naïve, un patron toxique et un monde de l'entreprise où la réussite est atteinte non pas par la force de son travail mais grâce à ses relations.
Dès l'arrivée sur l'île, les rapports hiérarchiques s'inversent entre les deux personnages principaux. Dans ce monde isolé et sauvage c'est Linda Liddle qui est en position de force. Tout long du récit, elle mue en une personne active qui ne subit plus les événements : une scène sous la cascade lui rend sa beauté puis une sublime scène de chasse façon Evil Dead 2 la consacre femme alpha avant qu'un double meurtre finalise son parcours de sociopathe.
Au milieu du récit, les tensions entre les deux protagonistes semblent un temps s'apaiser, l'histoire se change en une comédie romantique. Au détour d'une scène de rapprochement physique ou de confidences au coin du feu, nos deux tourtereaux se la jouent « l'amour est dans l'île ». Sauf que c'est Sam Raimi à la barre. Ces instants de batifolage sont brutalement interrompus par un empoisonnement et une glaçante scène de castration. Il revient à ce qu'il sait faire de mieux : mélanger humour noir et horreur, la forme alimentant ainsi le fond. La nature sauvage de l'île apparaît finalement comme une métaphore du monde du travail.
On pourra regretter un manque d'intensité dans l'escalade de la folie et de la violence mais ne boudons pas pour autant notre plaisir devant le spectacle proposé. D'autant plus que le réalisateur assume son héroïne, donc sa note d'intention, jusqu'au bout : le capitalisme forcené crée des monstres.
En effet, le personnage de Rachel McAdams n'incarne pas la revanche sociale des opprimés. Si au début du film, Sam Raimi fait tout pour qu'on s'identifie à elle et qu'on déteste le personnage de Dylan O'Brien, les différents évènements font voler en éclat ce postulat. Lui montre des fêlures qui l'humanisent tandis qu'elle se transforme en le « parfait » col blanc, fruit de notre époque. Son séjour sur l'île se conclut par un excellent raccord séquence circulaire via un club de golf qui fait la transition entre l'île et un parcours de golf, sport symbolisant la réussite sociale. Son physique, ses propos et son double regard caméra menaçant assènent tel un uppercut le message du réalisateur au spectateur : nous sommes des êtres individualistes qui face aux injustices n'aspirent pas à les supprimer mais à se retrouver du bon côté de la barrière. Délicieusement cynique et nihiliste.
Brillante comédie noire, le film est, au choix, une variation énervée du dernier acte de Sans filtre ou l'antithèse complète de 6 jours, 7 nuits. À l'instar d'un Eastwood, Sam Raimi dresse une vision pessimiste de l'humanité qui engoncée dans un ultra-capitalisme dévorant est condamnée à s'entre-tuer afin de survivre.
Ce n'est pas moi qui lui donnerai tort.
Créée
le 7 mars 2026
Critique lue 11 fois
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le 11 févr. 2026
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