Annoncé comme le nouveau maître étalon du genre, The Furious débarque en salles avec une réputation qui n'est plus à faire. Mais qu'en est-il vraiment ? Film d'action ultime ou effet d'annonce ?
S'il faut bien reconnaître quelque chose à l'Asie du Sud-est, c'est une maîtrise artisanale que le cinéma occidental a perdu. Que se soit pour des combats à main nue, à l'arme blanche ou à l'arme à feu, de nombreux réalisateurs ont su mettre en œuvre dans des films à la qualité très variable des scènes d'actions complexes et spectaculaires. Au XXIème siècle, la tradition des films de bonnes grosses castagnes est perpétuée par des métrages comme Ong-Bak (Prachya Pinkaew, 2004), SPL (Wilson Yip, 2005), The Raid (Gareth Evans, 2011) ou encore City of the darkness (Soi Cheang, 2024).
The Furious réussi à faire honneur à cette longue liste. Le prologue annonce la note d'intention : du combat brutal, sous tension et à main nue. Promesse tenue. Les arcs sont plus efficaces que les flingues, chaque coin de rue regorge de champions en arts martiaux et tous disposent d'une résistance cardio-vasculaire égale à la longévité des chargeurs de pistolets chez John Woo. Tous ces joyeux drilles s'en donnent à cœur joie dans des chorégraphies qui réussissent à être tout du long spectaculaires et parfaitement lisibles. Pas de montage épileptique pour créer une tension artificielle, la tension réside dans les mouvement des acteurs. La caméra bouge sans cesse mais sans jamais nous empêcher de profiter des mouvements des combattants. Le tout est valorisé par des personnages qui ont leur propre style de combat, reflet de leur personnalité. Mention spéciale à la dernière échauffourée qui réunie cinq pugilistes regroupés dans trois camps différents. Les coups sont monstrueux, les impacts crédibles, les chorégraphies généreuses et variées, bref un régal pour les yeux.
Tout cela serait moins impactant sans la présence du comédien principal, l'incroyable Xie Miao, dont les talents martiaux sont tout simplement extraordinaires. La caméra virevolte autour de son corps pour nous faire admirer son impressionnant répertoire : feintes, parades, coups de pied, coups de poings, acrobaties multiples, tout y est parfaitement exécuté.
À noter également une quasi absence d'effets numériques qui contribue à l'authenticité du spectacle proposé et ô mille fois merci aucun plan-séquence. Cette technique est devenue un gimmick qui à force d'être utilisé ne fait que dévitaliser les scènes d'action de films au final bien fades (coucou les John Wick ou autre Trois mousquetaires).
Malgré toutes ces qualités, il n'en demeure pas moins un goût d'inachevé quand le générique de fin défile sur l'écran. Le grand point négatif est le scenario qui n'est qu'un prétexte à une succession de scènes d'action. Si cela était un atout pour un film comme The Raid car le récit se déroule sur un temps court au sein d'un huis clos, ici le flot d'action violente finit tourne par moment à l'overdose. En effet, l'action aussi parfaitement chorégraphiée soit-elle, s'inscrit dans un tout. De telles scènes sont sublimées par la portée émotionnelle que le récit construit tout au long de son déroulé. Dans le genre, voir les chefs d’œuvre de John Woo (Une balle dans la tête, The Killer, À toute épreuve) ou des réussites incroyables comme Time and tide (Tsui Hark, 2000). Les différentes scènes d'action qui jalonnent ces films permettent de prolonger les enjeux du récit et contribuent à la caractérisation des personnages. Or, tout cela est absent de The furious car les protagonistes sont sommairement caractérisés et les enjeux réduits à peau de chagrin. Qui plus est, le film ne s'arrête jamais dans sa déferlante infernale, ne laissant pas le temps au spectateur de respirer entre deux coups de tatanes. Il aurait été judicieux de mettre en pause par moment pour permettre aux héros de montrer leurs émotions et constater l'horreur du milieu dans lequel ils ont plongé malgré eux.
Milieu qui est d'ailleurs peu développé. Cette plongée dans la traite d'enfants n'est finalement pas traitée. Le réalisateur se sert de ce cadre pour aborder des thématiques comme la corruption policière ou la violence de classe mais les pose sans jamais les exploiter. Dommage car si les nombreuses scènes de bagarres avaient pu constituer un prolongement de ces thèmes cela aurait bénéficier au film. Ce constat s'applique particulièrement lors de la dernière baston monumentale. Parmi les cinq combattants, trois vivent un drame familial qui atteint son paroxysme à ce moment là. Malheureusement, ces relations ne sont que trop peu mises en avant tout au long du film pour que cette scène finale dégage une portée émotionnelle.
Du gore, de la baston jouissive à foison, mais un film c'est également le récit d'une histoire. Si son scénario avait été à la hauteur de ses scènes d'action, The furious aurait été un chef d’œuvre difficilement dépassable. Dommage mais à voir tout de même sans modération.