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Après le guignolesque Running man de 1987, où le Chêne autrichien évoluait dans des tenues bariolées, affrontant des ennemis pensés par des enfants de 4ans et demi dans un décor futuriste en toc, le fantasque Edgar Wright livre une nouvelle adaptation de l'ouvrage éponyme de Stephen King.
Derrière ses airs de geek cinéphile, le réalisateur anglais est un artiste engagé prompt à remettre en question les dérives de nos sociétés. Ainsi, dans Last night in Soho (2021) il dénonce un patriarcat abusif et dans Le dernier pub avant la fin du monde (2013) il alerte des dangers d'une uniformisation du monde due à un capitalisme intrusif et déshumanisant. Il était donc naturel que Wright s'empare de la nouvelle du maître de l'horreur.
Dès la brillante introduction, il dépeint avec précision et efficacité un monde rongé par le capitalo-fascisme, moteur d'une société qui repose sur la violence de classe exacerbée par la manipulation des masses via les fake news et les divertissements malsains, ainsi qu'une banalisation de la violence et une déshumanisation des rapports sociaux. Les États-Unis ne sont plus un État souverain mais une entreprise inique qui opprime ses employés au profit d'une minorité de nantis abjectes. Toute ressemblance à notre époque n'étant pas fortuite.
En résulte un personnage de héros-ouvrier dont le principal trait de caractère est la colère. Campé par un très convaincant Glen Powell, il est un bon père de famille, un mari attentionné et un travailleur solidaire qui ne rechigne pas à la tâche. Mais la fameuse méritocratie ne fonctionne pas pour lui et ses homologues : s'il va dans un premier temps collaborer, malgré lui, au système en participant au jeu qui donne son titre au film, il fera, littéralement, tout péter.
Ces différentes caractéristiques font de ce film l'héritier d’œuvres emblématiques comme le Rollerball de Norman Jewison (1975) ou le Robocop de Paul Verhoeven (1987), deux films qui, eux, ont eu droit à des remakes ignobles.
Certes politique, le film n'en oublie pas son aspect « divertissement ». Le métrage nous propose des scènes d'action dignes de la filmographie de Wright, alternant scénographie complexe et idées visuelles créatives, le tout saupoudré d'un humour comico-tragique. On pourra regretter que ces scènes ne fassent pas davantage intervenir de civils : cela aurait permis de mettre en exergue l'aspect paranoïaque du film promis au début et quelque peu délaissé par la suite.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule déception. Il faut bien l'avouer, Running man est aussi un film de studio. La folie créatrice du réalisateur est clairement limitée par les costards cravates d'Hollywood et le film est bien trop sage par rapport à son sujet. La violence viscérale d'un Robocop ou la critique au vitriol de la classe dominante de Rollerball manquent. Si ces deux aspects sont certes présents, c'est à une fréquence bien trop faible en baignant trop souvent dans un ton humoristique qui atténue la portée satirique du récit.
De plus, notre fameux héros en colère est trop mesuré dans ses actes. Où est la folie destructrice dans laquelle il aurait dû basculer bien avant le final ? Parlons-en d'ailleurs de ce final.
Le métrage se conclut par un happy-end rentré au forceps et indigne du talent d'Edgar Wright. Si la fin est tout de même précédée d'une scène de bourre-pifs jouissive, sa résolution pétaradante est balancée à l'emporte-pièce et est incohérente vis à vis de son sujet. Une conclusion nihiliste à la New-York 1997 (Carpenter, 1981) eusse été plus logique et impactante, on peut également penser à la sobriété finale de Rollerball, qui donne toute sa force au film.
Brûlot politique affaibli par un système aseptisant, la dimension contre-culturelle du film n'est donc pas à la hauteur de ce qui pouvait se produire dans les années 70-80. Néanmoins, le dernier rejeton d'Edgar Wright demeure une réussite sympathique à ranger davantage du coté du trop méconnu Le prix du danger (Yves Boisset, 1987) que du tout-venant actuel.
Créée
le 28 déc. 2025
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