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Une hymne aux mères
En s’inspirant de sa propre expérience, Laetitia Masson signe un film sincère sur la différence et la parentalité. Paradoxalement, son héro reste étonnamment prisonnier des normes qu’il entend...
le 5 juin 2026
En attendant (sans impatience) la sortie de L'Odyssée d'Homère Nolan, Ulysse, de Laetitia Masson raconte le parcours du combattant d'une mère sociologue, de son fils atteint d'une maladie mentale génétique, et du père, pianiste vite jaloux et frustré d'avoir un fils différent, qui ne sert bientôt plus que de portefeuille. Les relations humaines décrites sont réalistes, et si le film est categorisé comme une comédie dramatique, il n'est ni comique ni dramatique (ce n'est pas un reproche, il est drôle par moments, tragique par d'autres et ne verse jamais dans le pathétique).
Au niveau de la mise en scène, Laetitia Masson fait deux propositions pour filmer la différence.
- D'abord, elle tente des scènes kaléidoscopiques pour représenter le point de vue subjectif d'Ulysse, dont on nous explique que ce qui est naturellement configuré chez nous demande un travail régulier et long chez lui (d'où l'idée d'une image fractionnée).
- Ensuite, elle fait le choix de laisser un plan "imparfait" où l'acteur interprétant Ulysse devance le personnage incarné quand le fils est avec son père, qu'ils trinquent et que l'acteur prononce sans doute sa réplique du vœu pour trinquer une fraction de seconde trop tôt. La réalisatrice donne donc vie à ce léger décalage.
Gringe en orthophoniste bienveillant et un peu sexy (alors que c'est un métier très féminin), Romane Bohringer en meilleure amie extravertie, servent de sas de décompression, comique et romantique.
Ulysse, qu'il faudrait peut être écrire au pluriel, est un film qui, malgré son rythme soutenu, propose de ralentir, d'accepter le retard, de patienter. Si la mère, Alice (Elodie Bouchez) commence comme un lièvre, c'est en tortue qu'elle finit par être heureuse. L'épopée d'Ulysse, ce n'est pas 10 ans pour rentrer chez lui, c'est 20 ans pour être lui, et pour sa mère, de pouvoir enfin être autre chose que sa mère : 20 ans d'incertitudes, de doutes, de colères, de bons souvenirs, de solitudes et de combat contre la normalité et pour l'amour.
Créée
le 13 juil. 2026
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