2020. Quelques images d'archives mélangées à la recréation d'un réel en forme de coup de poing au plexus. Tendu, âpre, constamment sur la brèche. Il n'agit pourtant pas d'un thriller, ou encore d'un film à suspens. Il ne s'agit là que de la réalité pied au plancher du travail d'une journaliste biélorusse et de son engagement. Aux antipodes du slogan soudain dérisoire "Pas juste l'info, l'info juste", et surtout un peu ridicule de France Info.
Avec au bout de la route, l'arrestation et l'incarcération.
On aurait pu penser que Under the Grey Sky se montrerait ouvertement politique et militant. Cela plairait tellement aux beaux esprits en chambre et aux convictions de salons.
La réalisatrice, Mara Tamkovich, préfère de loin se concentrer sur l'humain. En montrant un homme et une femme séparés par l'obligation d'obéissance d'un régime tout puissant.
Et alors que l'on attendait que l'oeuvre prenne un tournant exclusivement carcéral pour traiter de la liberté bafouée et du droit à l'indépendance de l'information muselé, cet aspect n'est envisagé finalement que comme un contrepoint.
Car Mara Tamkovich choisit, position revendiquée, de braquer sa caméra sur l'autre. Celui qui attend. Soit le seul point de vue d'un époux inquiet, qui se rend d'abord chaque jour devant les portes d'une prison retenant seulement des accusés. Un mari qui accuse le coup des mauvaises nouvelles qui s'enchaînent.
Un couple broyé par une machine créée pour dominer et soumettre la population, pour réprimer des manifestations pacifistes dans le sang et maintenir un tyran sur un trône fragile.
Après un flashback de départ sur fond de brouille et de dispute, Under the Grey Sky se focalise sur l'après. Sur cette attente sans fin qu'un coin de ciel bleu s'ouvre enfin, les conséquence d'une décision prise en un clin d'oeil se muant en tournant d'une existence entière. De cette idée qui tourne sans fin dans la tête, celle du "et si", celle du "j'aurais dû". Les regrets qui dévorent de l'intérieur.
Under the Grey Sky est un film, finalement, sur l'impuissance et le désespoir conjurés par la seule volonté de continuer à partager quelque chose avec l'être aimé, à partager la même prison, qu'elle soit mentale ou faite de barreaux.
Sauf que, surprise, l'émotion a un peu de mal à affleurer de l'ensemble. Sans doute débordée par une mise en scène statique et une photographie terne, métaphore un peu trop lourde tant d'un titre que d'une chanson, seul véritable moment de respiration du film, ou encore de la chape de plomb qui s'est abattue sur tout un pays en quête d'émancipation d'un régime intrusif et oppressif.
Soit la maladresse la plus typique d'un premier film.
Behind_the_Mask, liberté pas très pressée.