Undertone
5.8
Undertone

Film de Ian Tuason (2025)

Grand sound design, charge mentale en sourdine et logique de franchise

Aujourd'hui, on se penche sur une curiosité lo-fi qui agite pas mal les discussions de salon : 'Undertone' d'Ian Tuason, sorti sous le label A24. Un objet qui s'avance masqué derrière une promesse marketing ultra-tapageuse — nous vendre 'le film le plus terrifiant que vous n'entendrez jamais' — mais qui, une fois qu'on gratte un peu l'écorce et qu'on passe le produit au crible de l'analyse matérialiste, expose de lourdes limites narratives et un manque de courage politique absolument crasse.

​Certes, soyons tout à fait justes un instant : le film possède un artisanat de l'ambiance assez indéniable. D'une part, si le Dolby Atmos est utilisé pour agresser nos capteurs sensoriels, c'est surtout le travail visuel sur la pénombre qui retient l'attention. Les plans cassés, les gros plans claustrophobiques et cette façon de filmer une maison d'enfance comme un tombeau transmettent une angoisse plastique très concrète. D'autre part, la mise en scène s'offre une vraie fulgurance : ce moment de rupture totale où l'écran abdique l'image pour sombrer dans le noir complet, nous laissant seuls avec la fureur de la bande-son. En somme, pour qui aime le cinéma de genre purement atmosphérique, l'expérience sensorielle est là.

​Cependant, dès que la machine scénaristique doit se mettre en branle, le vernis craque. En effet, le concept du podcast paranormal vire rapidement au surplace mécanique et stérile. *

Au lieu d'**exploiter la modernité de son support sonore, le film capitule en rase campagne et préfère se replier sur de vieilles recettes éculées : des voix distordues, des musiques à l'envers et des effets de manche un peu faciles. Par ailleurs, les dialogues entre Evy et son co-animateur Justin manquent cruellement de naturel, saturés d'une exposition lourde et artificielle qui nous empêche de croire à la vérité humaine de leur relation.

​Or, cette paresse d'écriture désamorce totalement la force sociale du récit. C'est le problème de ce cinéma d'horreur bourgeois : il effleure des thématiques d'une puissance psychologique et politique folle qu'il refuse systématiquement d'empoigner. Le film passe complètement à côté de la matérialité de ce qu'il filme, notamment lorsqu'il touche à l'aliénation domestique. Pourtant, l'horreur montre des enjeux d'une violence intime inouïe : la charge mentale d'une femme seule face à une mère mutique, l'isolement étouffant et l'angoisse viscérale face à la parentalité.

​C'est précisément là que le bât blesse et que le film révèle sa complicité avec l'idéologie dominante. Le dispositif entérine, sans jamais le questionner, un consensus social patriarcal profondément injuste : face aux pleurs incessants d'un nourrisson qui déchirent l'espace, la figure masculine est absente, et tout le poids de la détresse est rejeté sur la solitude de la femme. De fait, cette solitude systémique pousse l'héroïne vers des stratégies de survie clandestines que l'on ressent profondément, notamment à travers son rapport à l'alcool. Ainsi, quand Evy boit en cachette et ment délibérément pour masquer sa dérive, elle ne fait pas qu'entretenir un cliché de personnage de thriller : au contraire, elle se protège du jugement d'un entourage et d'une éducation dévote — symbolisée par ces crucifix omniprésents sur les murs — qui exigent d'elle la performance du contrôle et le mythe sacrificiel de la 'bonne mère'.

​Mais, au lieu de faire de cette détresse humaine et de ce baby-blues la matrice organique de sa terreur, le réalisateur sabote ses propres fondations. Dans sa dernière ligne droite, le film abandonne l'épaisseur de son sujet pour se transformer en un train fantôme décousu, accumulant les sursauts faciles pour meubler le vide. Enfin, les coulisses de la production achèvent de trahir la logique mercantile derrière tout ça : un film produit à bas coût, rentabilisé au centuple, et pensé dès le départ comme le premier jalon d'une franchise sérialisée. Dès lors, le flou artistique et le refus de trancher ne relèvent pas d'une pudeur poétique, mais d'un pur calcul de catalogue pour nourrir la plateforme.

​En conclusion, on se retrouve devant un produit profondément divisé : une proposition technique immersive, portée par l'interprétation très habitée de Nina Kiri, mais un film totalement amputé de sa substance intellectuelle et de son empathie réelle. Bref, un voyage acoustique curieux, mais une détresse humaine mise en sourdine au profit d'une logique de consommation.

Allez, salut.

Créée

le 8 juin 2026

Critique lue 28 fois

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