Undertone
5.7
Undertone

Film de Ian Tuason (2025)

J’ai beaucoup aimé le début, la mise en place, la présentation de l’héroïne.

Accompagner un parent en fin de vie, c’est un événement qui résonne chez beaucoup de gens. Ces circonstances difficiles amènent des sentiments ambivalents. A la fois, on a la volonté de bien faire et d’apporter de la dignité aux derniers moments de la personne. A la fois, au bout d’un moment, on peut avoir envie que ça se termine pour ainsi mettre un terme aux souffrances du mourant ou de la mourante, mais - on ne va pas se mentir - aussi aux siennes. C'est là que ça devient égoïste. Et bien sûr cela éveille en nous de la culpabilité. On peut également se sentir coupable de ne pas toujours avoir pris soin de notre parent comme il se devait lorsque celui-ci était encore pleinement en vie.

En parallèle, l’héroïne, Evy, apprend qu’elle est enceinte. A nouveau, plein d’émotions et de réflexions émergent, dont beaucoup de femmes ont fait et font l’expérience chaque jour : hésiter entre garder le bébé ou se faire avorter, douter de sa capacité à être une bonne mère, questionner sa situation amoureuse/maritale (en l’occurrence celle d’Evy n’était pas optimale), recevoir des pressions de toutes parts (comme le médecin traitant qui la redirige immédiatement vers un gynécologue, comme s’il allait de soi qu’elle allait garder l’enfant), …

J’ai apprécié la juxtaposition de ces deux problématiques qui, ensemble, donnent cette impression d'une boucle, d’un cercle de la vie. Cette circularité est d’ailleurs représentée visuellement au tout début du film par les lettres « un » tournant sur elles-mêmes. Le « u » n’est qu’un « n » à l’envers. D’un côté, les naissances et de l’autre, les morts. Puis il y a la souffrance. Et au centre de tout : la femme. La femme qui, bien entendu, vit la maternité, mais s’occupe aussi du care des personnes en fin de vie (que ce soit dans le cadre professionnel ou privé). Tout cela sonne juste et est le fidèle reflet de la réalité.

Hélas, il a fallu que ces thèmes soient dévoyés pour faire de la femme un monstre… La femme qui tue les bébés, qui leur fait du mal, la femme qui EST le mal, qui est le démon, la femme diabolisée. Comme c’est original. On n’est pas loin de la figure de l’ogresse non plus, lorsqu’elle se lèche les doigts plein de sang = boire le sang des enfants qu’elle a tués.

La nausée.

On voit donc débarquer les vieux carcans de l’Eglise catholique avec leurs gros sabots : les saintes (Sainte Rita, Sainte Marie), le diable, la possession démonique. Très littéralement et sans subtilité. On n’est plus du tout sur du paranormal, c’est-à-dire sur de l’horreur suggérée, mais bien sur l’Exorciste désormais. La meuf qui parle à l’envers, des messages subliminaux, et tout et tout. A ce prix-là, ils auraient tout aussi bien pu faire léviter la mère ou la faire marcher au plafond mais ils auraient eu des soucis de copyright j’imagine. Ils se sont contentés de placarder un peu partout des dessins d’une bonne femme allumette. Ouais, Abyzou c’est juste une personne avec des longs cheveux, faut croire. Quel naufrage de la créativité. A moins que cette image se veuille délibérément simpliste. Un archétype. Une image tellement simpliste que, finalement, on peut y voir n'importe quelle femme. A l'instar d'Evangeline (référence à l'imaginaire de la sainteté) surnommée "Evy" (qui sonne comme evil, je peux difficilement y voir une coïncidence étant donné l'importance de l'audio dans ce film). Elle est une sainte en ce qu'elle prend soin de sa mère, pieusement (la nettoyer encore et encore quand elle a fait ses besoin dans le lit, on est sur de l'auto-sacrifice), mais elle est en même temps diabolique pour ne pas avoir assez prié à ses côtés et l'avoir "tuée", et aussi pour vouloir avorter de son propre bébé. On voit bien la morale pro-life. Alors que bon, le premier point c'est juste de la culpabilité mal placée, comme je l'ai expliqué au début, et le deuxième est un choix de vie totalement valide.


C’est là, à mon sens, le plus gros défaut de cette œuvre. Tout ce gloubi-boulga religieux, non merci. J’ai fini par totalement décrocher, j’avais hâte que le film se termine.

C’est dommage. Parce que mis à part ça, le film a des qualités. La mise en scène est bien pensée (en majeur partie). L’idée de se reposer sur l’audio est intelligente pour un film d’horreur, etc. C'est pour cette raison que je mets tout de même une note au dessus de la moyenne.

Oxalys_93
6
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le 16 juil. 2026

Critique lue 8 fois

Oxalys_93

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