Trois petites not' de music' qui m'ont rendu amnésic', sans fric

Trois petites notes de musique qui m"ont rendu amnésique et sans fric... C'est là le hic de ce film pathétique mais sympathique...

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Je peux comprendre que certaines appréciations fustigent ce long-métrage : malgré ses médailles en chocolat, ce film semble dès le début bien fade : tourné qu'il est aux abords de l'île Seguin à Paris, ancien bastion de Renault sur les bords de Seine où la navigation fluviale était dense, mais aussi à Courbevoie, Puteaux, dont les paysages ont sûrement bien changé de nos jour ?

La vieille église était-elle en cours de démolition ?

En outre, le noir et blanc n'était plus trop admis dans les années soixantes et faisait ringard pour ceux des spectateurs qui avaient goûté au Cinémascope, au Technicolor et autres progrès de l'image (...)

Le script est ici d'une grande simplicité, et quasi sans actions ni effets spéciaux :

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Une bistrotière (Alida Valli, quarante balais à l'époque) en banlieue parisienne, voit passer face à son café un SDF flanqué d'un large chapeau, entonnant des airs d'opéra...

Elle croit reconnaître en lui un mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis la guerre...

Mais elle espère toujours... Au point de lui envoyer sa serveuse sans modération, pour lui offrir un verre... Puis tenter de raviver sa mémoire (pas à l'aide, au SDF)

Et même un peu après de lui offrir à manger et l'admirer, réveiller en lui le prédateur de femmes qu'il était...

Elle va tenter de tisser sa nouvelle toile d'araignée autour du clochard....

Elle le suit même en douce jusqu'à son abri d'infortune : une vieille cabane au bord d'un canal, simplement occultée par des rideaux. Il fait sa toilette sommaire au dehors, mange ce qu'il a trouvé ça et là, et passe son temps à la décharge d'immondices où il collecte les veilles revues dont il découpe les photos : tente-t-il de se reconstruire une famille disparue de son esprit ?

Il s'est recréé une nouvelle vie, un nouvel environnement et semble s'en satisfaire et être heureux ainsi, libre...

Pourquoi quelqu'un s'intéresserait-il à un homme qui n'a plus de passé ?

Dans le bistrot de la femme, il y a un flipper, résolument éteint, et un ancêtre des juke-box dont j'ai cru deviner qu'il avait perdu ses vitres... Elle l' allume et le juke box diffuse "Trois petites notes de musique"un air chanté par Cora Vaucaire, air que je connaissais par cœur avant l'oubli : ma mère était friande de cette chanson !

Et le disque avait "marché" au point qu'il y en eut quantité de reprises, notamment par Yves Montand mais aussi Juliette Gréco...

Sur ce slow langoureux, la tenancière va se faire inviter à danser... Une danse étrange...

Comme l'ambiance de ce film : poétique, émouvante, empathique...

Un amour peut-il renaître de ses cendres...

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Anecdote surprenante : le tube lancé par Cora, surnommée "la dame blanche", aurait-il atteint des sommets au hit-parade au point d'en faire un 45 tours single pour cafés et dancings ?

Ça m'étonnerait : la vague yéyé et Johnny faisaient alors la fortune des boite à musique payantes, et autres éditeurs de disques...

Cerise sur le gâteau, et surprise : le parolier de cette musique du roubaisien Georges Delerue, qui a aussi illustré ce film, n'est autre que son réalisateur lui-même : le suisse Henri Colpi (1921/2006) qui, ami de Georges Brassens, s'essayait aussi à la chansonnette !

C'est ici son premier film franco-italien , un peu maladroit certes, mais même s'il a été formé à l'IDHEC en 1946, s'est consacré surtut aux scénarii, montages, et n'aura fait que quatre réalisations de 1961 à 1970...

Avec comme chant du cygne "Heureux qui comme Ulysse" avec Fernandel entre autres...

Alors ? Un anti film ? Vu du côté intimisme et résolument non commercial...

Au début ça m'a semblé un peu longuet, simpliste, maussade voire inintéressant...

Une sombre prévision qu'ajoute le noir et blanc... Avec tous ces paysages de pauvreté à l'opposé des richesses de la côte d'azur...

Les ravages de la seconde guerre mondiale ont encore des traces, et ses douloureux souvenirs, ruines, ne sont pas encore complètement cicatrisés...

Cette église : vouée à la réparation ? A la destruction ? Car clôturée de haies défensives... Dieu interdit d'approche, comme ce clodo à la vie normale ?

Soudain un sursaut de souvenirs : on le hèle et il lève les mains comme quand on veut montrer , comme quand on obtempère à un ordre, surtout des nazis qui avaient l'extermination facile...

Sur un scénario de Colpi assisté de Marguerite Duras et Gérard Jarlot; Henri Colpi le film, qui semble n'avoir eu qu'une diffusion restreinte, semble hors du temps en 1961...

Des images de nostalgie, un climat indéfinissable qui semble dire que le temps passe, la mémoire subsiste, enfin pour certains... mais la vie elle , continue...

Ce film en dehors des entiers battus m'a décontenancé, étonné, séduit...

Tellement en dehors de ces séries insipides et pompes à fric, éditées à but lucratif et sans âme...

Georges Wilson tient ici probablement son chef d'oeuvre... Tout en nuance et discrétion...

Ne pas parler et vivre son sujet sans parler n'est pas à la portée du premier comédien venu...

Aux antipodes d'un de ses autres personnages mille sabrds : le capitaine Haddock dans Tintin et dont la Castafiore est amoureuse... Toujours l'opéra...

A défaut de box-office, quatre étoiles sur cinq chez les téléspectateurs de mon FAI...

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TV5 le 29.12.2025










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Créée

le 30 déc. 2025

Modifiée

le 30 déc. 2025

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