One Battle After Another est un film que j'ai mis un moment à digérer, pour essayer de comprendre pourquoi je ne l'avais pas autant apprécié que mes compagnons de salle et toutes les critiques qui l'ont encensé. En effet, que ce soit pour ses thèmes, son casting, ses airs d'épopée indé décalée, le film avait tout pour me plaire. À vrai dire, j'en ai aimé la plupart des pièces détachées, mais pas toujours la manière dont elles s'emboitent.


DiCaprio est brillant, comme d'habitude, au point que je me demande si ça mérite encore d'être précisé. C'est l'un de ces rares acteurs qui, bien qu'au sommet de sa notoriété, parvient encore à me surprendre à chaque rôle en disparaissant totalement dans les personnages qu'il habite, au point qu'on en oublie qui est à l'écran. Oui, c'est la base du métier d'acteurs, mais allez dire ça à The Rock, Ryan Reynolds, ou même des acteurs plus respectables comme Nicholson ou Samuel L. Jackson.

Benicio Del Toro est phénoménal et incarne le meilleur personnage de cette odyssée chaotique dans une Amérique délabrée. Sean Penn est fantastique en pseudo-Trump hanté par son pénis, et Chase Infiniti (HAHAHAHA, pardon, mais je ne pourrai jamais lire son nom et garder mon sérieux) est une vraie bonne surprise.


Derrière la caméra aussi, tout le monde fait un boulot formidable. La réalisation est au niveau de ce qu'on est en droit d'attendre de Paul Thomas Anderson, et oui, je vais jouer l'expert alors que je n'ai vu qu'un de ces films, Magnolia, mais je l'ai suffisamment adoré pour aller voir One Battle After Another sur cette seule base. Le film enchaîne les scènes atypiques, bizarres et gênantes, des scènes d'action improbables, des plans séquences hallucinés, et de longues conversations oscillant entre le touchant et l'absurde.

D'ailleurs, comme dans Magnolia, la musique est bien trop forte dans le mix et prend beaucoup de place dans les scènes, mais c'est clairement un parti pris de PTA. Notons enfin que le film est tourné en Vistavision et s'en réclame avec fierté, mais si, comme moi, vous ne savez pas ce que ça veut dire, cela ne changera strictement rien à votre expérience.


Je suis aussi choqué que le film soit si digeste et haletant, du haut de ses 2h40, et n'a aucun temps mort, sans pour autant se précipiter en permanence. Au contraire, on a une alternance de suspens et de respiration, avec une telle maîtrise du rythme que je me suis laissé porter sans jamais me demander quand ça allait se terminer. Ce momentum tient aussi au fait que le script est constamment surprenant et ne vous permettra jamais deviner quels sont ses prochains rebondissements. Tout semble s'enchaîner de façon chaotique et un peu aléatoire, et j'ai beaucoup aimé me faire surprendre à ce point.


o o o


Maintenant que j'ai couvert le film d'éloge, parlons de la première demi-heure dont j'ai détesté chaque minute. Ce prologue introduit quelques-uns des personnages, et des enjeux, et toutes les informations qui nous sont communiquées sont vitales pour la suite, mais délivré d'une manière si déplaisante que j'ai fini par me demander si je n'aurais pas passé un meilleur moment avec Christian Clavier dans "Le Million".


• Bob Ferguson (DiCaprio) est un tocard paumé et un peu con. À vrai dire, tous les membres de sa "révolution" ont l'air cons et paumés, ce qui me gêne un peu, vu que c'est le camp que j'ai envie d'encourager, et auquel le film donne la vedette.

• Perfidia (Teyana Taylor) est un personnage absolument repoussant sous tous rapports : physiquement, moralement, dans sa manière d'exister et d'interagir avec le monde. Dès qu'elle était à l'écran, je voulais que ça cesse au plus vite.

• Lockjaw (Sean Penn) est presque aussi repoussant que Perfidia, mais il a le mérite d'être plus drôle dans sa laideur, car il incarne la stupidité toxique masculiniste de l'armée et des MAGA.


Maintenant, foutez ces trois là dans un shaker avec un script qui va très vite et vous raconte toute une débâcle révolutionnaire peuplée d'autres personnages totalement teubés et... j'ai commencé à me demander quel était le message du film. On y met en scène une révolution populaire contre un État totalitaire qui déporte ses minorités ethniques, soutenu par une mafia militaire ultra-violente, et les révolutionnaires sont dépeints comme des grosses tanches ? Moi, ça me chatouille un peu.


Le postulat qu'il faut accepter, c'est qu'à part Del Toro, tout le monde est con. La plupart des personnages font n'importe quoi et finissent mal, ou ont suffisamment de chance pour échapper aux conséquences de leur stupidité, et le film ne cherche pas spécialement à prendre parti. S'il a un propos, ça pourrait être que... la radicalisation du pouvoir, c'est pas bien ? Les révolutions violentes tournent mal, car l'humain est faillible ? Saupoudré d'une déconstruction du héros révolutionnaire romantique ?

Pourquoi pas, mais en l'état, si j'ai trouvé leurs aventures haletantes, je n'étais investi émotionnellement dans le destin d'aucun de ces personnages. C'est un film que j'ai beaucoup aimé pour ses qualités formelles, mais dont l'écriture m'a trop rarement touché.

Ezhaac
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le 14 nov. 2025

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Ezhaac

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