Une bataille après l'autre est le nouveau film de Paul Thomas Anderson alias PTA, un réalisateur que j'aime énormément et qui ne m'a (presque) jamais déçu. Ce film, c'est peut-être ma plus grosse attente de l'année 2025 au cinéma, ou tout du moins depuis que j'ai eu vent de sa prochaine sortie. Une bataille après l'autre parle de l'Amérique "trumpiste" et du "problème" de l'immigration. Nous sommes dans une Amérique qui s'apparente étrangement avec celle que nous connaissons actuellement, gouvernée par une élite fascisante, des suprémacistes blancs aux idées racistes. Et face à cette élite fascisante d'extrême droite, nous avons une lutte armée qui se met en place, qui se fait nommer les French 75, un groupe révolutionnaire d'extrême gauche qui ne compte pas se laisser faire et qui veut renverser le système en place.

Le film commence avec les French 75 qui essaient de libérer des migrants hispaniques emprisonnés dans un camp de rétention, dans le désert, au bord de la frontière américano-mexicaine. On suit Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio) l'artificier du groupe qui tombe fou amoureux de Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor) la meneuse du groupe. Il s'avère très vite que Perfidia est une véritable dominatrice dans tous les sens du terme, dans ses idées révolutionnaires, mais aussi au sein de son couple avec Bob, qui lui est plutôt un suiveur. Mais qui est le grand méchant de l'histoire, me direz-vous ? Eh bien, nous verrons que c'est Steven Lockjaw (Sean Penn) le colonel du camp de rétention, qui est aussi bête que cruel. On remarque tout de suite son regard hébété et sa coupe de cheveux hitlérienne.

Une relation toute particulière va alors se matérialiser entre Perfidia et le colonel Lockjaw lors de leur première rencontre dans le camp et celle-ci va perdurer, d'une manière ou d'une autre, après la libération des migrants. En parallèle, Bob et Perfidia auront une fille Willa. Le colonel Lockjaw va tout mettre en œuvre pour essayer de coincer les French 75, mais je n'en dirais pas plus, histoire de ne pas spoiler ... et c'est seize ans plus tard que nous retrouvons Bob et sa fille Willa (Chase Infiniti), tandis que de son côté le colonel Lockjaw a gagné ses galons. Il sera alors question de passage de flambeau de génération en génération pour continuer la lutte révolutionnaire dans une Amérique qui n'a pas changé. L'élite blanche est toujours en place et la chasse contre les migrants ne fait que perdurer et empirer.

Une bataille après l'autre c'est du grand PTA, dans la lignée de ses plus grands films. C'est une œuvre foisonnante, avec de l'humour, de l'espionnage, des éléments du thriller, du drame familiale ... c'est un véritable film somme, qui résume peut-être toute sa carrière. Et puis, il y a des fulgurances de mise en scène et de grandes performances d'acteurs qu'on ne voit pas si souvent au cinéma. Il y a notamment cette scène de poursuite en voiture à la fin du film qui est mémorable. En tout cas, je n'ai pas souvenir d'avoir déjà vu une scène de poursuite filmée comme ça. Et puis, il y a Sean Penn et Leonardo DiCaprio, le premier qui en fait des tonnes (mais pour notre plus grand bonheur) et le second dont le jeu est décidément toujours aussi millimétré.

Il y a aussi Benicio Del Toro, dit le Sensei, qui enseigne le karaté. C'est très drôle de le voir tout prendre avec un sang-froid sans faille. Il y a d'ailleurs une convergence des luttes entre le Sensei qui héberge des clandestins chez lui et Bob qui doit échapper à une chasse à l'homme menée par le colonel Lockjaw. Benicio Del Toro et les clandestins représentent la communauté hispanique, tandis que Willa (et pas définition sa mère) représentent la communauté afro américaine. Et puis, il y a Bob qui est en complet décalage avec tout ça, un sorte de révolutionnaire par défaut ou par obligation ...

Bob va très vite devoir élever sa fille seul, puisque la mère de Willa va se faire arrêter. Dés l'ouverture du film, on nous présente une relation très ambiguë entre Perfidia et le colonel Lockjaw. Perfidia exerce une sorte de domination sexuelle doublée de haine envers le colonel Lockjaw. Perfidia est un électron libre, incontrôlable et incontrôlée. Et l'inévitable devait arriver, elle dérape lors d'un braquage et tue un garde de sécurité, qui plus est, afro américain. Pire encore, alors qu'elle est arrêtée, elle balance tous les membres du groupe French 75 pour sauver sa peau. Et seize ans plus tard, ce sera sa fille Willa qui sera sa digne héritière révolutionnaire. Mais attendez, ce n'est pas tout, ce qui est encore plus violent, c'est que le véritable père de Willa, c'est le colonel Lockjaw. Et lorsque le colonel meurt à la fin du film, lui qui est un nazi en puissance est gazé, comme dans une chambre à gaz, puis brulé dans un four crématoire, comme dans les camps de concentrations. Tout est glauque dans cette histoire, jusqu'au bout des ongles.

Le film n'arrête pas de nous surprendre. Tout semble être filmé dans l'urgence, avec différentes temporalités, des montages en parallèles et de nombreux personnages qui gravitent autour des protagonistes principaux. Il y a un petit côté film choral comme dans Magnolia (1999), avec des histoires et des personnages qui finissent par se rencontrer. Bref, Une bataille après l'autre c'est à n'en pas douter du grand cinéma, sur le fond (une réponse explosive à l’Amérique de Trump) et sur la forme (visuel et sonore). (8.5/10)

Créée

le 29 sept. 2025

Modifiée

le 29 sept. 2025

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lessthantod

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