Une fille... pour le diable est l’avant dernier film et le dernier film fantastique de la Hammer, son « chant du cygne » comme l’indique le titre de la très intéressante analyse du film de Nicolas Stanzick proposée en bonus dans le coffret Hammer chez Tamasa. Le réalisateur, Peter Sykes, australien ayant fait sa carrière en Angleterre, avait déjà réalisé pour la Hammer Les démons de l’esprit en 1972. Une fille... pour le diable traite de sorcellerie et de satanisme et souffre donc de la comparaison avec l’excellent Les vierges de Satan de Terence Fisher, lui aussi adapté d’un roman de Dennis Wheatley. Le tournage fut difficile, Richard Widmark fut odieux jugeant qu’il avait affaire à des « amateurs » et que sa partenaire, Nastassja Kinski, ne savait pas jouer, et Dennis Wheatley désavoua le film, considérant qu’il trahissait complètement son œuvre. Le film fut à la fois mal reçu par les amateurs de la Hammer et par la plus grande partie de la critique, parfois extrêmement sévère : un film « particulièrement affligeant, racoleur grâce à tous les trucs du genre, au suspense, à la sexualité. De plus, la mise en scène est laxiste, la dimension psychologique sans épaisseur, les rapports entre les personnages lourds, le scénario décousu. » écrivit Hubert Desrues dans la Saison cinématographique 1977. Or, s’il est vrai que le scénario est un peu décousu et que la fin est un peu bâclée, le film ne manque quand même pas de qualités, à commencer par son casting, parmi des plus beaux de la Hammer. Christopher Lee, Denholm Elliott, Honor Blackman et même Richard Widmark, tout mécontent qu’il fut, sont excellents et Nastassja Kinski, quasi débutante, s’en tire fort bien et est tout à fait crédible dans son rôle de « novice ». L’érotisme est certes présent, mais c’est le cas dans beaucoup de films des années 70, mais loin d’être omniprésent, et il n’y a pas vraiment de quoi fouetter un chat même si, à l’époque, la scène de la transe charnelle des membres de la secte et le court passage où Nastassja Kinski, 14 ans au moment du tournage, est entièrement nue face à la caméra soient assez audacieux. On notera qu’en ce qui concerne Christopher Lee, que l’on peut aussi voir entièrement nu, mais de dos, il s’agit en réalité de sa doublure. Quant à la mise en scène de Peter Sykes, elle est souvent un peu impersonnelle et n’a certes pas le cachet de celle de Terence Fisher, mais elle reste tout à fait convenable. Un film inégal donc mais à réhabiliter.