Un petit duel Depardieu/Polansky dans un bâtiment prenant l'eau de toute part, au cours d'une nuit d'orage où l'on tente de faire la lumière sur un meurtre ayant eu lieu non loin de là. C'est un Depardieu déjà mûr et ventripotent qui se tasse sous les projecteurs, alors que les questions de Polansky fusent comme les hallebardes qui bloquent tout le monde dans la caserne. A priori, que des ingrédients classiques et une reprise des codes du polar français, qui servent davantage à brouiller les pistes qu'à aboutir au final, inattendu bien que banal (hélas, cette sortie n'est pas nouvelle). Mais finalement, le déroulement de l'histoire est secondaire. On s'en fout un peu, de cette affaire de crime, c'est le duel d'acteur qui est important, de même que le style du film, qui s'attache à l'efficacité pour constamment relancer l'intérêt du spectateur. On résumerait sévèrement par un film qui fait tout pour parler de rien, un Scott Pilgrim du quai des Orfèvres. Mais le style y déploie ici des trésors visuels. A commencer par cette admirable photographie, cousine du Jean Pierre Jeunet de l'époque de La cité des enfants perdus, qui lèche chaque plan et crée une ambiance rêche que n'aurait pas reniée un Terry Giliam. Quelques gros plans issus du Giallo, et une grande prédilection pour les montages serrés qui donnent tellement d'indices qu'on se révèle affolé par la crainte de rater la bonne, quand la mémoire commence à revenir. A l'aide de quelques petits gadgets, Une pure formalité dynamise son ambiance (Polansky ayant du mal à incarner la menace, il joue les harceleurs épaulé par plusieurs militaires patibulaires) et ne recule devant rien pour densifier ses personnages (la disparition des preuves sur Depardieu) et conserver une tension, même si celle ci ne débouchera sur rien. Certes, c'est un spoiler énorme, mais le dire a un avantage réel, il permettra de se concentrer sur ce qui fait réellement le film : son développement. Il n'y a pas de crescendo vers la solution d'un problème trouble (à la façon d'un Garde à vue qui brouillait déjà les pistes). Il n'y a qu'un face à face dans un cadre fastueux, qui ne nous relâchera qu'après avoir terminé l'exercice. Film qu'on pourrait comparer à Usual suspect d'ailleurs, où les péripéties verbeuses seraient remplacées par des souvenirs troubles et une patte graphique marquée. Un bel exercice.

Voracinéphile
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le 30 sept. 2017

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