Le beau gosse de Sans filtre, c'était lui, Harris Dickinson. Pas qu'un emballage séduisant, notre citoyen britannique, au vu de son premier film, en tant que réalisateur, le plutôt réussi Urchin. Pourtant, son démarrage semblait s'inscrire dans un courant social anglais que l'on croit connaître par cœur. La suite ne démontrera pas nécessairement le contraire, mais le primo-cinéaste nous montre rapidement que son arc ne se contente pas de tirer une seule flèche, dans un récit bien écrit, qui colle aux basques de son personnage principal, en lutte avec lui-même et avec ses addictions, mais sans négliger pour autant les protagonistes secondaires. Mais Dickinson se permet surtout de s'éloigner de temps à autre de son caractère réaliste pour des bouffées oniriques surprenantes et propres à nous emmener loin du misérabilisme fangeux dans lequel le long métrage aurait pu s'enliser. Que nenni, avec sa mise en scène enlevée et une interprétation de bonne facture, comme c'est souvent le cas dans les œuvres réalisées par des comédiens, le film relève en grande partie son pari de nous attacher à son héros dont les fêlures sont évidentes. Harris Dickinson ne s'est octroyé qu'un rôle minuscule et laisse toute la place à Frank Dillane qui nous éblouit par son talent polymorphe pendant plus de 90 minutes.