Ahhh, ENFIN ! un found footage qui sort un peu des sentiers battus, qui s'essaie à d'autres tonalités, qui renouvelle les thématiques, qui s'inspire tous azimuts : le résultat est fort probant.
Le groupe de petits cons qui ouvre et ferme le film - et qui vous rappellera un mélange de Funny Games, Orange Mécanique et Blair Witch - n'est cependant pas le coeur du film, et on passe en fait assez peu de temps avec eux. Leur aventure ne sert que de récit-cadre à l'irruption de multiples histoires, petite saynètes horrifiques d'une redoutable efficacité, sans lien évident entre elles mais cherchant toutes à mettre en scène légendes urbaines, superstitions et peurs mystérieuses.
La singularité - et l'intérêt de V/H/S - sont liés à plusieurs éléments :
- l'humour, le second degré - rare dans les films de genre, qui ont du mal à sortir de leur univocité et de leur manichéisme. Nous sommes ici, à certains moments, dans l'auto-parodie, dans le trait qu'on grossit, dans le scénario - par là même, le cinéma - qu'on tourne en dérision.
- le rythme, dû à un montage hystérique, à la sale qualité de l'image qui contribuent à renforcer l'effet de réel et les montées de stress, particulièrement efficaces dans les escaliers qu'on dévale paniqué
- la gestion de la surprise : là où la plupart des found footage abusent des jump scare à grands renforts de sonorités usées jusqu'à la corde, V/H/S parvient à surprendre avec brio, à ménager la menace, en ne la plaçant jamais à l'endroit où on l'aurait imaginée.
- la diversité des dangers : les scénaristes de films d'épouvante manquent parfois de créativité, se cantonnant souvent à un danger (fantôme, monstre, serial-killer) assez bien identifié et contre lequel luttent de bout en bout les personnages. Ici, grâce au ressort des différentes histoires, le scénario multiplie les sources d'angoisse - le spectateur ne sait donc jamais d'où va venir le problème, et c'est là son coup de génie.
- la lumière - là où on attendrait de l'obscurité (qui est cependant présente), les moments les plus angoissants sont également ceux qui s'inscrivent dans des lieux bien éclairés, mais emplis de chausse-trappes. Ce film parvient quand même à vous hérisser le poil en filmant un simple couloir et des portes ouvertes sur des pièces sombres - comme quoi, il en faut peu pour faire naître l'angoisse.
Il serait un peu vain de chercher du sens à tout cela, on ne peut que se laisser porter par ces historiettes enchâssées, curieuses, mystérieuses, diablement flippantes - foncièrement réussies.
Entre réalisme sordide et plus pur fantastique, V/H/S tape un grand coup en proposant un film nerveux bien dans son temps, à la croisée des influences, qui réjouira les amateurs du genre... et les autres !